Calcinose universelle agressive compliquant une dermatomyosite

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758 Lettres à la rédaction lymphogranulomatose vénérienne et serait considéré par certains comme pathognomonique de cette infection [1]. La maladie ...

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Lettres à la rédaction

lymphogranulomatose vénérienne et serait considéré par certains comme pathognomonique de cette infection [1]. La maladie des griffes du chat est l’un des diagnostics différentiels de la LGV, en présence d’adénopathies inguinales douloureuses unilatérales [2]. Cependant, à notre connaissance, aucun cas de « signe de la poulie » n’a été rapporté au cours de la maladie des griffes du chat. Ce signe a toutefois été observé au cours d’une infection streptococcique [3] et au cours d’un lymphome malin non Hodgkinien [4]. Sous le même terme de groove sign a été rapportée l’existence de dépressions cutanées situées le long des trajets veineux au cours de fasciites à éosinophiles [5] ou de sclérodermie, mais l’aspect observé dans ces derniers cas est différent quant au mécanisme et à la présentation clinique. En conclusion, cette observation participe à la remise en cause du caractère pathognomonique du signe de la poulie, qui ne traduit pas toujours l’existence d’une maladie de Nicolas Favre mais doit faire rechercher d’autres affections, tumorales ou infectieuses, comme la maladie des griffes du chat. Déclaration d’intérêts Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article. Références [1] Schachter J, Osoba AO. Lymphogranuloma venereum. Br Med Bull 1983;39:151—4. [2] Hagley M, Carne CA, Gorgees N. A case of cat scratch disease masquerading as lymphogranuloma venereum. Int J STD AIDS 1999;10:334—5. [3] Janssen F, Zelinsky-Gurung A, Caumes E, Decazes JM. Group A streptococcal cellulitis-adenitis in a patient with acquired immunodeficiency syndrome. J Am Acad Dermatol 1991;24:363—5. [4] Nair PS, Nanda KG, Jayapalan S. The ‘‘sign of groove’’, a new cutaneous sign of internal malignancy. Indian J Dermatol Venereol Leprol 2007;73:141. [5] Al Hammadi A, Turchin I. Groove sign and eosinophilic fasciitis. J Cutan Med Surg 2008;12:49.

M. Acquitter , C. Fleuret , I. Kupfer-Bessaguet , C. Tanguy , P. Plantin ∗ Service de dermatologie, CHIC Laënnec, 14, avenue Yves-Thépot, 29000 Quimper, France

handicapante. Son apparition est le plus souvent tardive, sa physiopathologie encore peu connue et son traitement difficile [1,2]. Nous rapportons le cas d’une jeune femme atteinte d’une DM compliquée d’une calcinose remarquable par son début précoce et son extension universelle. Observation Une jeune femme présentait à l’âge de 18 ans une connectivite indifférenciée qui évoluait un an plus tard vers un tableau complet de DM. La recherche d’une néoplasie sousjacente restait négative à plusieurs reprises (radiographie de thorax, écho-mammographie, échographie abdominopelvienne, examen ORL et marqueurs tumoraux normaux). La malade recevait en traitement d’attaque une corticothérapie générale associée à de l’azathioprine, des antipaludéens de synthèse et des inhibiteurs calciques (indiqués devant l’existence d’un syndrome de Raynaud). Un an plus tard, alors que le syndrome musculaire clinique et biologique avait régressé, apparaissaient des nodules sous-cutanés de 1 à 3 cm de diamètre sur le coude puis la fesse droits. La radiographie des parties molles et la biopsie confirmaient le diagnostic de calcinose. Des traitements par inhibiteurs calciques et colchicine pendant plus de deux ans n’empêchaient pas l’aggravation et l’extension de la calcinose, qui apparaissait neuf ans plus tard diffuse sur l’ensemble du corps (membres, tronc et visage) (Fig. 1—3). Au niveau des membres, les plages de calcinose entraînaient une raideur articulaire invalidante et se compliquaient d’épisodes de surinfection et de fistulisation avec élimination de matière crayeuse nécessitant une antibiothérapie générale et des exérèses chirurgicales répétées. Devant l’handicap esthétique et fonctionnel important, un traitement par pamidronate de sodium intraveineux (Aredia® ) était entrepris à la fréquence d’une injection par mois pendant huit mois, sans efficacité. Discussion Notre observation est particulière par l’apparition précoce d’une calcinose universelle étendue chez une jeune adulte. La calcinose est une complication grave et invalidante de la DM, plus fréquente au cours des formes juvéniles [1]. Son apparition est habituellement tardive dans l’évolution de

∗ Auteur

correspondant. Adresse e-mail : [email protected] (P. Plantin) Rec ¸u le 9 mars 2011 ; accepté le 3 mai 2011 Disponible sur Internet le 14 juillet 2011 doi:10.1016/j.annder.2011.05.023

Calcinose universelle agressive compliquant une dermatomyosite Aggressive universal calcinosis complicating dermatomyositis La dermatomyosite (DM) est parfois responsable d’une calcinose des tissus sous-cutanés, complication qui peut être très

Figure 1. Innombrables nodules de calcinose les masses musculaires des cuisses.

Calcinose universelle agressive compliquant une dermatomyosite

Figure 2. Opacités calciques très denses dessinant les masses musculaires et recouvrant partiellement les structures osseuses du bassin.

la DM. Les dépôts calciques se font à différents niveaux : dans les tissus sous-cutanés, les muscles, les fascias et dans les tendons ; ils prédominent en regard des articulations les plus exposées aux microtraumatismes (coudes, genoux) et se manifestent par des plaques ou des nodules indurés. Ces lésions peuvent être responsables de douleurs sévères, d’ulcérations cutanées secondaires avec élimination transcutanée de matériel crayeux, de surinfection et de rétractions musculotendineuses entraînant une impotence sévère [1]. Il peut s’y associer une calcinose profonde nodulaire ou périmusculaire invalidante, comme chez notre patiente. Fisler et al. ont montré, à partir de 35 observations, que le développement de la calcinose était associé à un retard diagnostique et thérapeutique de la DM, à des taux augmentés d’enzymes musculaires et à une DM plus évoluée [2]. Sallum et al., à partir de 54 patients, ont trouvé un risque de calcinose plus significatif dans les DM avec atteinte cardiaque ou ayant nécessité des thérapeutiques plus agressives [3]. Différents protocoles thérapeutiques ont été proposés dans la calcinose liée à la DM, mais il est difficile de tirer des conclusions des résultats publiés en raison du faible nombre de patients traités et de l’éventuelle rémission spontanée de la calcinose [1]. Les principaux traitements essayés étaient l’hydroxyde d’aluminium [4], les inhibiteurs calciques [5], la colchicine, le probénécide [6], les immunoglobulines intraveineuses [7], les agents anti-TNF alpha [8] et les biphosphonates [9]. Les biphosphonates agiraient par inhibition de la formation de dépôts calciques sur les calcifications existantes et par une réduction du turn-over calcique. Ils accélèreraient également la destruction des macrophages et empêcheraient la production des cytokines [1,4]. Dans un cas algérien [1], une amélioration spectaculaire des signes cliniques (douleur, induration sous-cutanée et mobilité des hanches) a débuté deux mois après l’introduction des biphosphonates, avec une disparition quasi totale des calcifications après traitement. La même efficacité des biphosphonates a déjà été décrite chez une enfant de six ans [10] et chez une autre fillette de huit ans en

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Figure 3. Coulées calciques le long des membres supérieurs et de la paroi thoracique.

association avec le diltiazem [11]. Toutefois, aucun des traitements proposés n’a eu d’efficacité chez notre patiente. Déclaration d’intérêts Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article. Références [1] Slimani S, Abdessemed A, Haddouche A, Ladjouze-Rezig A. Complete resolution of universal calcinosis in a patient with juvenile dermatomyositis using pamidronate. Joint Bone Spine 2010;77:70—2. [2] Fisler RE, Liang MG, Fuhlbrigge RC, Yalcindag A, Sundel RP. Aggressive management of juvenile dermatomyositis results in improved outcome and decreased incidence of calcinosis. J Am Acad Dermatol 2002;47:505—11. [3] Sallum AM, Pivato FC, Doria-Filho U, Aikawa NE, Liphaus BL, Marie SK, et al. Risk factors associated with calcinosis of juvenile dermatomyositis. J Pediatr 2008;84:68—74. [4] Wang WJ. Calcinosis cutis in juvenile dermatomyositis: remarkable response to aluminium hydroxide therapy. Arch Dermatol 1988;124:1721—2. [5] Palmieri GMA. Treatment of calcinosis with diltiazem. Arthritis Rheum 1995;38:1646—54. [6] Nakamura H. Efficacy of probenecid for a patient with juvenile dermatomyositis complicated with calcinosis. J Rheumatol 2006;33:1691—3. [7] Pe˜ nate Y, Guillermo N, Melwani P, Martel R, Hernández-Machín B, Borrego L. Calcinosis cutis associated with amyopathic dermatomyositis: response to intravenous immunoglobulin. J Am Acad Dermatol 2009;60:1076—7. [8] Riley P. Effectiveness of infliximab in the treatment of refractory juvenile dermatomyositis with calcinosis. Rheumatology 2008;47:877—80. [9] Mukamel M, Horev G, Mimouni M. New insight into calcinosis of juvenile dermatomyositis: a study of composition and treatment. J Pediatr 2001;138:763—6. [10] Ambler GR, Chaitow J, Rogers M, McDonald DW, Ouvrier RA. Rapid improvement of calcinosis in juvenile dermatomyositis with alendronate therapy. J Rheumatol 2005;32:1837—9. [11] Oliveri MB. Regression of calcinosis during diltiazem treatment in juvenile dermatomyositis. J Rheumatol 1996;23:2152—5.

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Lettres à la rédaction F. Bayou a , C. Belajouza a , L. Boussofara a,∗ , N. Ghariani a , M. Denguezli a , E. Bouajina b , R. Nouira a

∗ Auteur correspondant. Adresse e-mail : boussofara [email protected] (L. Boussofara)

a

Service de dermatologie, CHU Farhat Hached, avenue Ibn Jazzar, 4000 Sousse, Tunisie b Service de rhumatologie, CHU Farhat Hached, avenue Ibn Jazzar, 4000 Sousse, Tunisie

Rec ¸u le 10 f´ evrier 2011 ; accepté le 28 juin 2011 Disponible sur Internet le 10 aoˆ ut 2011 doi:10.1016/j.annder.2011.06.003