Editorial de Anne Marie Costalat-Founeau

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PTO – vol 18 – n°1 Editorial de Anne Marie Costalat-Founeau Dynamique identitaire, capacité et changement L’objectif de ce numéro est d’apporter une...

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PTO – vol 18 – n°1

Editorial de Anne Marie Costalat-Founeau

Dynamique identitaire, capacité et changement L’objectif de ce numéro est d’apporter une contribution théorique et L’objectif de ce numéro est d’apporter une contribution théorique et pratique à partir d’une réflexion sur l’Identité, l’Action et les Capacités dans différents contextes organisationnels. En effet l’action a longtemps été mise entre parenthèse en psychologie sociale et davantage rattachée au concept de comportement. Cependant elle participe à la construction de l'identité sociale et à sa dynamique à partir des effets capacitaires produits et peut être caractérisée de « tremplin identitaire ». Elle active des intentions et des projets, elle donne un sens à la l'identité grâce à sa réalité expérientielle. Cette thématique de l’identité sociale étudiée à partir de la « dynamique capacitaire » traditionnellement liée au sentiment d’efficacité, tend à redonner une place au sujet en psychologie sociale du travail, un sujet non émietté et dé-contextualisé, mais un sujet concret, vivant et capable de créativité et de développement dans différents contextes. Comme le souligne Touraine (2000), nous sommes passés à une société du sujet. Le souci de sujet apparaît comme valeur centrale dans les organisations, il est partout présent et nous insisterons sur l’importance de sa dynamique identitaire permettant pleinement l'expression de ses ressources. On peut constater que l'expression de ses potentialités est complexe et qu'elle n'est systématique pas comme le souligne Strauss (1992), la personne n'est pas dans une tendance de réussite et d’individualisation permanente, elle peut faire retraite, se soustraire et fusionner avec le groupe et l’organisation comme pour se dissimuler, se désindividualiser. On constate que ces moments, correspondent à des phases de réflexion ou d’orientation de transitions caractéristiques des transformations sociales et personnelles. Il existe des phases identitaires conflictuelles faites de transitions de ruptures où le sujet est débordé par l'émotion, se sent inefficace, incertain, et les perspectives temporelles sont limitées. Par comparaison il existe des phases, plus positives « d’acuité représentationnelle » où le sujet domine l’environnement et se sent prêt à actualiser ses capacités « se sent capable de.. ». L'idée force est de replacer la personne dans son « contexte » personnel et socio-organisationnel, et non pas simplement dans un contexte externe régulé par des prescriptions systématiques qui instrumentalisent l'individu. La personne construit ses espaces de légitimation en cohérence avec ses valeurs et ses compétences. Lorsque le contexte ne permet plus le déploiement des capacités, le sujet le transforme, le reconstruit, innove pour trouver des formes d’espaces identitaires pour se développer. Ceci pose aussi la question de l’emprise normative et de sa libération : « Nous devons néanmoins nous demander comment le “Je” s’approprie les normes et 5

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comment ces normes lui ménagent un espace de liberté..dans une relation vivante” » (Ardono, 2007). Enfin, en redonnant au sujet la place qu’il mérite en psychologie sociale et du travail, on s’oppose au behaviorisme social qui prescrit d’une certaine façon la cohérence interne en supposant que le statut fait l’acteur et que, semblable au stimulus, il permet réaction et contrôle. Désormais même dans les organisations les plus traditionnelles, il faudra prendre en compte la personne et sa dynamique capacitaire qui est un vecteur force de développement et de créativité. Les contributions qui vont suivre abordent ce thème selon différentes perspectives et points d’ancrages théoriques; nous les avons regroupées par proximité des thèmes étudiés. Le premier ensemble est centré sur la dynamique capacitaire de l’identité. Ghislain Mary et Anne-Marie Costalat-Founeau présentent une investigation théorique et une recherche qualitative sur la construction du projet professionnel sur des cadres en « reconversion », et montrent que la dynamique capacitaire est un puissant régulateur de l’identité sociale. Gerardo Capano explore la dynamique identitaire intergénérationnelle (salariés en fin de carrière et début de carrière) et met à jour les processus capacitaires mis en œuvre pour construire le projet sur une population en activité. Isabelle Faurie présente sur une population d’étudiants les liens entre l’efficacité personnelle et le projet professionnel en insistant sur le pouvoir de l’acteur et le type d’influence exercée par les croyances d’efficacité personnelle sur l’indécision de carrière. Le deuxième ensemble est composé d’une réflexion théorique et d’une recherche –action. Pascal Paillé, à partir d’une réflexion théorique, étudie les effets de résistance et d’engagement des salariés en situation de changement. Un des résultats est que l’engagement (dans le sens d’action) joue le rôle de régulation en relation avec l’évaluation. Dans une recherche action « Souffrance au travail », Brigitte Almudever, Nicolas Michaëlis, Marie-Pierre Aeschlimann et Marie-Pierre Cazals-Ferré exposent une recherche menée dans le cadre de la consultation d’un CHU basée sur la mise en place et la comparaison inter-groupe d’Analyse des Situations de Travail. Nous espérons que les différentes recherches permettront de révéler l’importance de la dynamique capacitaire qui donne force et sens à la quête identitaire en relation constante avec la construction du projet. Anne Marie Costalat-Founeau

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