Enquête téléphonique sur la pratique postopératoire de la ventilation non invasive et ses modalités d’application

Enquête téléphonique sur la pratique postopératoire de la ventilation non invasive et ses modalités d’application

Annales Françaises d’Anesthésie et de Réanimation 22 (2003) 879–885 www.elsevier.com/locate/annfar Article original Enquête téléphonique sur la prat...

184KB Sizes 0 Downloads 49 Views

Annales Françaises d’Anesthésie et de Réanimation 22 (2003) 879–885 www.elsevier.com/locate/annfar

Article original

Enquête téléphonique sur la pratique postopératoire de la ventilation non invasive et ses modalités d’application Phoning study about postoperative practice and application of non-invasive ventilation G. Chanques a,*, S. Jaber a, J.M. Delay a, P.F. Perrigault a, J.Y. Lefrant b, J.J. Eledjam a a

Unité de réanimation et de transplantation, département d’anesthésie–réanimation B, hôpital Saint-Eloi, CHU de Montpellier, 34295 Montpellier cedex 5, France b Service de réanimation digestive, hôpital Caremeau, CHU, 30029 Nîmes cedex 9, France Reçu le 19 février 2003 ; révisé et accepté le 29 août 2003

Présenté en partie au 44e congrès national de la Société française d’anesthésie et de réanimation, 19–22 septembre 2002, Paris, France.

Résumé Objectifs. – Connaître l’incidence de l’utilisation postopératoire de la ventilation non invasive (VNI) en pression positive dans les unités de réanimation, et sa mise en place pratique. Type d’étude. – Enquête téléphonique réalisée en septembre 2001, 60 services de réanimation du sud de la France tirés au sort à partir d’un annuaire national (public : 47, privé : 13 ; médicales : 11, chirurgicales : 20, polyvalentes : 29). Résultats. – La VNI était utilisée fréquemment dans 55 % et occasionnellement dans 35 % des unités. Les 10 % qui n’utilisaient jamais la VNI étaient chirurgicales dans 83 % des cas et avaient un nombre de lits moins important (7 ± 3 vs 12 ± 5). Le système d’humidification utilisé était un échangeur de chaleur et d’humidité (ECH) (52 %), un humidificateur chauffant (HC) (24 %), l’un ou l’autre (4 %). Les services n’utilisant pas d’humidification (19 %) ne disposaient de ventilateurs portables que dans 30 % des cas. Au cours de la VNI, 80 % des réanimations disposaient d’un respirateur lourd de réanimation, et 89 % d’un masque facial. La VNI était pratiquée exclusivement par les médecins dans 15 %, en collaboration après sa mise en place dans 71 % des cas. Soixante-neuf pour cent des réanimateurs avaient recours à la VNI en première intention pour la prise en charge d’une insuffisance respiratoire aiguë postopératoire, et 54 % face à une atélectasie. Conclusion. – L’ECH était le système d’humidification le plus utilisé malgré l’espace mort additionnel. Les pratiques de la VNI étaient variables d’un service à l’autre. Cette enquête montre le développement croissant de la VNI, largement utilisée aujourd’hui en réanimation chirurgicale bien que son indication reste à mieux définir. © 2003 Éditions scientifiques et médicales Elsevier SAS. Tous droits réservés. Abstract Objectives. – Incidence and management of positive pressure non-invasive ventilation (NIV) in intensive care unit (ICU) in the postoperative period. Study design. – Phoning study performed on September 2001 in 60 ICU of south of France (public: 47, private: 13, medical: 11, surgical: 20, medical–surgical: 29), which were randomized from a national list. Results. – NIV was used currently on 55% and casually on 35% of the units . Ten percent of ICU, which never use NIV, were surgical on 83% with a lower number of bed (7 ± 3 vs. 12 ± 5). The most often humidification device used was a Heat and Moisture Exchanger (HME) (52%), a Heated Humidifier (HH) (26%), either (4%) and none device (19%). ICU that never used a humidification device used a home ventilator in 30%. Ventilators used were more often heavy ICU ventilators (80%) with a facial mask (89%). NIV was performed exclusively by physicians in 15% of cases and in collaboration after the first application in 71% of cases. Sixty-nine % of intensivists used NIV as a first choice for the treatment of acute postoperative respiratory failure and 54% of intensivists for the treatment of postoperative atelectasis. * Auteur correspondant. Adresse e-mail : [email protected] (G. Chanques). © 2003 Éditions scientifiques et médicales Elsevier SAS. Tous droits réservés. doi:10.1016/j.annfar.2003.08.004

880

G. Chanques et al. / Annales Françaises d’Anesthésie et de Réanimation 22 (2003) 879–885

Conclusion. – Use of NIV increases in ICU, particularly in surgical units. Practices are different between ICU. An HME is the most frequently humidification device used. © 2003 Éditions scientifiques et médicales Elsevier SAS. Tous droits réservés. Mots clés : Ventilation non invasive ; Insuffisance respiratoire aiguë ; Pratique postopératoire ; Humidification des gaz ; Enquête multicentrique Keywords: Non-invasive ventilation; Acute respiratory failure; Postoperative practice; Gas humidification; Multicentric study

1. Introduction La ventilation non invasive (VNI) en pression positive a pour objectif d’éviter les complications liées au caractère agressif (invasif) de la sonde d’intubation et de la ventilation mécanique délivrée pour insuffisance respiratoire aiguë (IRA) [1]. La VNI est de plus en plus utilisée en réanimation depuis les résultats positifs des études prospectives randomisées réalisées chez les patients en IRA pour bronchopneumopathie chronique obstructive décompensée (BPCO) [2,3]. La dernière conférence internationale de consensus en réanimation (2001) sur la VNI pour IRA [1] insistait sur deux axes de recherche : l’amélioration technique de la VNI dans ses indications reconnues (BPCO décompensée, œdème aigu du poumon cardiogénique [4], IRA chez les patients « fragiles » (porteurs d’une hémopathie maligne [5], d’une transplantation d’organe plein [6])), et la validation d’autres indications et en premier lieu, l’IRA survenant dans un contexte postopératoire. Peu de données sont actuellement disponibles concernant les pratiques de la VNI dans les services de réanimation chirurgicale. En effet, les seules données épidémiologiques actuellement disponibles sont celles de l’enquête francophone [7]. Les 42 centres participants avaient recueilli pendant trois semaines les données chez tous les patients admis en réanimation et nécessitant un support ventilatoire. Cependant, peu de réanimations chirurgicales avaient participé à ce travail. Le but de cette enquête téléphonique était d’évaluer la pratique postopératoire de la VNI en pression positive dans les services de réanimation, et ses modalités d’application.

2. Matériels et méthodes Cette étude était fondée sur les résultats d’une enquête téléphonique réalisée entre septembre et novembre 2001. Soixante services de réanimation du sud de la France ont été tirés au sort à partir d’un annuaire français des réanimations. Un entretien confraternel avait été sollicité systématiquement avec un médecin senior et concernait les pratiques de la VNI en pression positive. Cet entretien fondé sur un questionnaire (annexe 1) était lu et rempli par le même interlocuteur (GC). L’objectif était de collecter différents types d’informations : • caractéristiques du service ; • fréquence d’utilisation de la VNI dans le service ;

• modalités d’application de la VNI : personne réalisant préférentiellement la VNI, respirateur utilisé, interface patient–respirateur, humidification et réchauffement des gaz inspirés, distinction entre patients hypercapniques et non hypercapniques dans la mise en place de la VNI (réglages du respirateur, durée de la VNI, dispositif d’humidification) ; • utilisation de la VNI en cas d’IRA postopératoire ; • utilisation de la VNI lors du traitement des atélectasies postopératoires à côté des traitements classiques (kinésithérapie, posture, aérosolthérapie...). La cohérence de chaque fiche était vérifiée par l’interlocuteur à la fin de l’entretien. Les résultats ont été saisis dans une base de données permettant un traitement informatique. Le nombre de lits par type de réanimation est exprimé en moyenne ± écart-type. Dans ce travail descriptif, aucun test statistique ni estimation par intervalle de confiance n’y figurent.

3. Résultats La totalité des médecins réanimateurs seniors contactés par téléphone ont accepté l’entretien confraternel. Les réanimations du secteur de soins public étaient davantage représentées avec 48 % de réanimations de CHU et 27 % de CHG, à côté des réanimations du secteur privé (22 %) et des réanimations d’hôpitaux militaires (3 %). Au total, 19 % avaient une activité de type médical, 33 % de type chirurgical et 48 % de type polyvalent. Les résultats concernant les habitudes d’utilisation de la VNI figurent dans le Tableau 1. La VNI en pression positive Tableau 1 Fréquence d’utilisation de la ventilation non invasive en fonction du type de recrutement Type de recrutement Recrutement médical Recrutement chirurgical Recrutement polyvalent Total

Fréquence d’utilisation Jamais Occasionnellement 1 (2) 3 (5)

Couramment Total 7 (12) 11 (19)

5 (8)

6 (10)

9 (15)

20 (33)

0 (0)

12 (20)

17 (28)

29 (48)

6 (10)

21 (35)

33 (55)

60 (100)

n : nombre de réanimation ; pourcentage du total des réanimations entre parenthèses.

G. Chanques et al. / Annales Françaises d’Anesthésie et de Réanimation 22 (2003) 879–885

881

Tableau 2 Type d’humidification et de réchauffement et ventilateurs utilisés Type de ventilateur

Ventilateur lourd de réanimation Ventilateur destiné à la VNI Les deux types de ventilateurs Total

Type d’humidificateur Échangeur de chaleur et d’humidité 25 (46) 0 (0) 3 (6) 28 (52)

Humidificateur chauffant 11 (20) 1 (2) 1 (2) 13 (24)

Les deux types d’humidification 2 (4) 0 (0) 0 (0) 2 (4)

Système Booster™ 1 (2) 0 (0) 0 (0) 1 (2)

Aucun dispositif 4 (7) 3 (6) 3 (6) 10 (18)

Total 43 (80) 4 (7) 7 (13) 54 (100)

Résultats exprimés pour les 54 réanimations pratiquant la VNI. n : nombre de réanimation ; pourcentage du total des réanimations entre parenthèses.

était utilisée fréquemment dans 55 % des réanimations, 35 % l’utilisaient de façon occasionnelle et 10 % ne l’utilisaient jamais. Sur six réanimations qui ne l’utilisaient jamais, cinq avaient une activité chirurgicale. Deux réanimations avaient un recrutement principalement neurochirurgical, une était une réanimation de brûlés. Les deux réanimations qui avaient un recrutement de chirurgie générale appartenaient au secteur privé, comme la seule unité de réanimation médicale qui n’utilisait jamais la VNI. Les unités qui n’utilisaient jamais la VNI avaient un nombre de lits moins important (7 ± 3) que les unités qui l’utilisaient occasionnellement (11 ± 5) ou fréquemment (12 ± 5). Les résultats concernant les pratiques de la VNI sont représentées par le Tableau 2 et les Figs. 1 et 2. La VNI était

habituellement délivrée selon un mode barométrique (aide inspiratoire ou pression assistée contrôlée) au moyen d’un respirateur lourd de réanimation dans 80 %, d’un masque facial dans 89 %, par les médecins exclusivement dans 15 % et en collaboration avec le personnel paramédical (infirmier et kinésithérapeute plus rarement) dans 85 % des 54 réanimations pratiquant la VNI. Parmi les 54 centres utilisant la VNI, le système d’humidification utilisé était un ECH dans 52 %, un HC dans 24 %, un ECH et un HC dans 4 % ou aucun système dans 19 %. Une réanimation utilisait un système d’humidification appelé système Booster™ [8]. Trois centres sur les dix qui n’employaient pas d’humidification n’utilisaient que des ventilateurs portables (turbine ou piston) fonctionnant avec l’air atmosphérique. Les sept réanimations qui n’utilisaient pas d’humidification et utilisaient un ventilateur lourd de réanimation (exclusivement ou avec un ventilateur destiné à la VNI) utilisaient toutes des masques faciaux. La distinction entre patients hypercapniques et non hypercapniques n’était pas effectuée dans 82 % des centres. Les résultats concernant les pratiques de la VNI dans la période postopératoire sont représentés par la Fig. 3. La VNI en pression positive était utilisée en première intention pour le traitement de l’IRA postopératoire dans 69 % des 48 réa-

Fig. 1. Interfaces patient–ventilateur utilisées. F, masque facial ; N, masque nasal ; A, autre interface (embout buccal, masque intégral)

Fig. 2. Personne réalisant préférentiellement la ventilation non invasive. M, médecin ; I, infirmière ; K, kinésithérapeute

Fig. 3. Traitement des insuffisances respiratoires aiguës (IRA) et atélectasies postopératoires. Résultats exprimés en pourcentage des 48 réanimations pratiquant la ventilation non invasive (VNI) et prenant en charge les patients en période postopératoire.

882

G. Chanques et al. / Annales Françaises d’Anesthésie et de Réanimation 22 (2003) 879–885

nimations pratiquant la VNI et prenant en charge les patients en période postopératoire. Parmi ces réanimations, 87 % des unités médicales et polyvalentes l’utilisaient pour IRA postopératoire contre 46 % des unités chirurgicales. Les atélectasies postopératoires recevaient un traitement par VNI dans 26 centres (54 %). La totalité des réanimations chirurgicales pratiquant la VNI pour IRA postopératoire la prescrivait également pour le traitement des atélectasies postopératoires. 4. Discussion La VNI est une technique thérapeutique efficace dans certaines indications et mise en pratique courante de manière relativement récente [1,9]. Il s’agissait par cette enquête réalisée auprès de réanimations médicales et chirurgicales de définir sa fréquence d’utilisation ainsi que quelques unes de ses modalités pratiques. 4.1. Fréquence d’utilisation de la VNI En dehors des études prospectives randomisées démontrant l’efficacité de la VNI [2–5], il existe peu d’études à notre connaissance relatant la fréquence d’utilisation de cette technique. Les seules données épidémiologiques concernant la VNI sont fournies par l’enquête francophone [7] dont le but était de suivre entre septembre et octobre 1997, l’ensemble des malades admis dans les 42 centres participants, français pour la plupart. La VNI avait été débutée initialement chez 35 % des patients non intubés à l’admission en réanimation. L’étude ne permettait pas de conclure sur les pratiques de la VNI en dehors de la période d’observation de trois semaines mais il semble que la VNI était pratiquée très différemment d’un service à l’autre puisque son incidence variait de 0 (huit services) à 67 % (un service). La sélection des centres était fondée sur une participation volontaire et 62 % concernaient des unités de CHU. Le nombre réel de réanimations chirurgicales n’était pas précisé. Nous avons observé dans notre étude téléphonique une absence d’utilisation de 10 % qui peut être légèrement sous-estimée compte tenu de l’absence d’anonymat à l’entretien. Cependant, une enquête téléphonique entreprise en avril 1997 relevait l’absence de pratique de la VNI dans 47 % des services interrogés ; la participation d’unités chirurgicales n’était pas mentionnée [10]. Malgré des différences notables dans la méthodologie et le type de réanimations interrogées, nos résultats suggèrent un développement croissant de l’utilisation de la VNI aussi bien dans les services de réanimation médicale que chirurgicale : 19 à 47 % des réanimations ne la pratiquait pas dans les enquêtes de 1997 [7,10], 10 % dans notre enquête menée en 2001. 4.2. Modalités pratiques de la VNI en pression positive Dans notre enquête, tous les services interrogés pratiquant la VNI en pression positive utilisaient l’aide inspiratoire comme mode ventilatoire en première intention.

Le mode barométrique (en pression) associé à une pression expiratoire positive (PEP) est la modalité ventilatoire la plus largement utilisée [11] avec l’avantage potentiel par rapport aux modes volumétriques (en débit) de modifier le débit en fonction de l’effort fourni par le patient (niveau d’aide constant) assurant un meilleur confort par l’amélioration de la synchronie patient/ventilateur [12] et la diminution des fuites à l’inspiration. L’interface patient–ventilateur la plus souvent utilisée était un masque facial ou bucconasal (89 %). L’efficacité de la VNI est extrêmement liée à la tolérance de la technique, elle-même liée à la tolérance du masque [13]. Le masque nasal semble être mieux toléré que le masque facial [14] mais ce dernier est plus adapté au cours de l’IRA car il minimise les fuites buccales chez ces patients dont la ventilation s’effectue préférentiellement par la bouche [15,16]. Une étude récente a montré que le masque facial était plus efficace à diminuer la PaCO2 [17]. La VNI pour IRA était préférentiellement mise en place par les médecins, puis relayée par les infirmières dans un deuxième temps, moins souvent par les kinésithérapeutes. Le kinésithérapeute a une place intéressante dans la mise en pratique de la VNI car les indications de celle-ci coïncident fréquemment avec les situations requérant les soins du kinésithérapeute : BPCO décompensée, encombrement bronchique, atélectasie, sevrage ventilatoire difficile, déficit musculaire... L’encombrement bronchique entrave l’efficacité de la VNI et le kinésithérapeute est particulièrement utile dans ce contexte. La VNI peut être aussi considérée comme une technique d’aide au désencombrement du fait de l’augmentation du volume inspiratoire produit et de la force de recul élastique thoracopulmonaire qui s’en suit. Dans le même sens, la VNI peut être complémentaire de la kinésithérapie dans le traitement des atélectasies [18]. Le système d’humidification le plus souvent utilisé était un ECH (52 %), un HC (24 %), un ECH ou un HC (4 %). Cependant 19 % des réanimations n’utilisaient aucun système d’humidification. Sept des dix réanimations n’utilisant pas de système d’humidification utilisaient un masque facial et un ventilateur lourd de réanimation, ventilateur le plus utilisé par les unités (80 %). La dernière conférence de consensus concernant la VNI pour IRA [1] préconise l’usage d’une humidification des voies aériennes, probablement en raison des niveaux souvent très élevés de ventilation minute, de ventilation plus fréquente par la bouche [15,16] et de l’utilisation courante d’un ventilateur lourd de réanimation dans cette situation. Ces ventilateurs fonctionnent grâce à un gaz vecteur délivré par une prise murale ou un obus. L’inhalation de ce gaz (air, oxygène) froid et parfaitement sec, est source d’inconfort, d’obstruction réactionnelle des voies aériennes, d’assèchement des sécrétions bronchiques, de lésions muqueuses et d’intolérance donc d’inefficacité de la technique. L’utilisation d’une humidification efficace n’est pas obligatoire avec un ventilateur à turbines ou à pistons

G. Chanques et al. / Annales Françaises d’Anesthésie et de Réanimation 22 (2003) 879–885

(utilisant l’air ambiant) mais peut déterminer l’observance du traitement délivré par un masque nasal [19] car les propriétés de la muqueuse nasale peuvent être dépassées par l’élévation de la ventilation minute ou l’adjonction d’oxygène non humidifié. L’ECH était le système d’humidification le plus utilisé par les unités interrogées. Celui-ci peut augmenter la résistance du circuit [20] et réduire la ventilation alvéolaire pour une ventilation minute donnée [21,22]. Une des possibilités pour compenser l’espace mort additionnel est d’augmenter le niveau d’aide inspiratoire dans l’objectif d’augmenter le volume courant. Il existe cependant un risque de majorer les fuites autour du masque et donc de diminuer la tolérance et l’efficacité de la technique. En outre, les fuites présentes à l’inspiration et à l’expiration sont une caractéristique de la VNI et peuvent diminuer l’efficacité de l’ECH. Des études sont nécessaires afin de déterminer l’influence de la technique utilisée (ECH vs HC) sur le devenir des patients traités par VNI (nombre d’intubations, mortalité...) 4.3. Pratique postopératoire de la VNI La VNI recevait une indication pour le traitement de l’IRA postopératoire dans 69 % des 54 réanimations pratiquant la VNI et en préventif (atélectasies) dans 29 centres (54 %). Malgré l’incidence élevée de pratique de la VNI observée en période postopératoire dans notre enquête, des études sont cependant nécessaires afin de déterminer si la VNI permet d’améliorer le pronostic des patients chirurgicaux et afin de mieux préciser le mécanisme (amélioration de la fonction respiratoire par diminution du travail des muscles respiratoires, amélioration des échanges gazeux, diminution du volume des atélectasies...) Jusqu’à présent, une seule étude prospective randomisée a rapporté un bénéfice clinique de la VNI appliquée en cas de survenue d’une IRA hypoxémique après chirurgie pulmonaire lourde [23]. Il s’agit du premier travail démontrant une réduction significative de la réintubation (17 vs 48 % ; p = 0,027) et de la mortalité intrahospitalière (9 vs 35 % ; p = 0,025) sous l’effet de la VNI et comparativement au traitement médical standard.

883

Nous avons analysé de façon prospective notre expérience de l’utilisation de la VNI au cours de l’IRA postopératoire de chirurgie abdominale. Durant deux ans, 72 patients ont été pris en charge par de la VNI à la phase initiale de l’IRA ; 48 patients (67 %) n’ont pas été intubés. Ce travail préliminaire a permis de montrer que la faisabilité de la VNI au cours de l’IRA postopératoire de chirurgie abdominale est bonne, permettant d’obtenir des résultats encourageants [24]. 4.4. Limites de l’étude Il s’agissait d’une enquête multicentrique téléphonique. Malgré l’assurance de l’anonymat à la publication des résultats, l’inconvénient principal de ce type d’interrogatoire est probablement de fausser certains résultats comme la fréquence d’utilisation de la VNI. Néanmoins, l’intérêt de ce type d’enquête est double. Il permet d’obtenir une participation importante (rappel en l’absence d’un médecin senior disponible, acceptation par tous les médecins sollicités) en évitant le traditionnel biais de sélection des unités répondant au questionnaire dans les enquêtes utilisant le renvoi volontaire d’un questionnaire écrit. De plus, le contact verbal avec les participants permet d’homogénéiser l’interrogatoire par l’explication des questions mal interprétées en les recentrant sur les objectifs de l’étude. L’interrogateur était de surcroît le même pour toute l’enquête. 5. Conclusion La VNI est une technique d’assistance respiratoire d’utilisation croissante ces dernières années, quelle que soit l’orientation principale des unités de réanimation. D’indication spécifiquement médicale à l’origine (BPCO décompensée), elle est largement utilisée aujourd’hui en réanimation chirurgicale bien que sa place reste encore à bien définir en situation postopératoire. Les pratiques sont variables d’un service à l’autre et les différents aspects techniques sont l’objet de recherche importante, comme en témoigne la problématique de l’humidification des gaz inspirés.

884

G. Chanques et al. / Annales Françaises d’Anesthésie et de Réanimation 22 (2003) 879–885

Annexe 1 Questionnaire relatif à l’enquête téléphonique

Références [1]

Evans T. International consensus conferences in intensive care medicine: noninvasive positive pressure ventilation in acute respiratory failure. Intensive Care Med 2001;27:166–78.

[2]

Bott J, Carroll M, Conway J, Klilty S, Ward E, Brown A, et al. Randomised controlled trial of nasal ventilation in acute ventilatory failure due to chronic obstructive airways disease. Lancet 1993;341: 1555–7.

[3]

[4]

Brochard L, Mancebo J, Wysocki M, Conti G, Rauss A, Simmoneau G, et al. Noninvasive Ventilation for acute exacerbations of chronic obstructive pulmonary disease. N Engl J Med 1995;333:817– 22. Masip J, Betbesé A, Pez J, Vecilla F, Caizares R, Padr J, et al. Non-invasive pressure support ventilation versus conventional oxygen therapy in acute cardiogenic pulmonary oedema: a randomised trial. Lancet 2000;356:2126–32.

[5]

Hilbert G, Gruson D, Vargas F, Valentino R, Gbikpi-Benissan G, Dupon M, et al. Noninvasive ventilation in immunosuppressed patients with pulmonary infiltrates, fever, and acute respiratory failure. N Engl J Med 2001;344:481–7.

[6]

Antonelli M, Conti G, Bufi M, Costa M, Lappa A, Rocco M, et al. Noninvasive ventilation for treatment of acute respiratory failure in patients undergoing solid organ transplantation-a randomized trial. Jama 2000;283:235–41.

[7]

Carlucci A, Richard J, Wysocki M, Lepage E, Brochard L. Noninvasive vs conventional mechanical ventilation. An epidemiologic survey. Am J Respir Crit Care Med 2001;163:874–80.

[8]

Thomachot L, Viviand X, Boyadjiev I, Vialet R, Martin C. The combination of a heat and moisture exchanger and a Booster: a clinical and bacteriological evaluation over 96h. Intensive Care Med 2002;28:147–53.

G. Chanques et al. / Annales Françaises d’Anesthésie et de Réanimation 22 (2003) 879–885 [9] [10]

[11]

[12]

[13]

[14]

[15] [16]

[17]

Hill N. Non invasive ventilation. Does it work, for whom and how? Am Rev Respir Dis 1993;147:1050–5. Texeira-Ribeiro A, Meshaka P, Wolff M, Herman B, Wysocki M. Enquête téléphonique pilote sur la pratique de la ventilation non invasive (VNI). Réan Urg 1998;6:791. Jaber S, Maggiore S, Brochard L. Modes ventilatoires. In: Wisocky M, editor. Mise en place de la ventilation non invasive en réanimation Collection d’anesthésie, de réanimation et d’urgences. Paris: Masson; 2002. p. 139–54. MacIntyre N, McConnell R, Cheng K, Sane A. Patient-ventilator flow dyssynchrony: Flow-limited vs pressure-limited breaths. Crit Care Med 1997;25:1671–7. Carrey Z, Gottfried SB, Levy RD. Ventilatory muscle support in respiratory failure with nasal positive pressure ventilation. Chest 1990;97:150–8. Putensen C, Hermann C, Baum M, Lingnau W. Comparison of mask and nasal continous positive airway pressure after extubation and mechanical ventilation. Crit Care Med 1993;21:357–62. Meduri G, Conoscenti C, Nair S. Noninvasive face mask ventilation in patients with acute respiratory failure. Chest 1989;95:865–70. Wysocki M, Wolff MA, Gertner J, Millet H, Herman B. Noninvasive pressure support ventilation in patients with acute respiratory failure. Chest 1993;103:907–13. Navalesi P, Fanfulla F, Frigerio P, Gregoretti C, Nava S. Physiologic evaluation of noninvasive mechanical ventilation delivered with three types of mask in patients with chronic hypercapnic respiratory failure. Crit Care Med 2000;28:1785–90.

885

[18] Stock M, Downs J, Gauer P, Alster J, Imrey P. Prevention of pulmonary complications with CPAP, incentive spirometry, and conservative therapy. Chest 1985;87:151–7. [19] Richards G, Cistulli P, Ungar R, Berthon-Jones M, Sullivan C. Mouth leak with nasal continuous positive airway pressure increases nasal airway resistance. Am J Respir Crit Care Med 1996;154:182–6. [20] Chiaranda M, Verona L, Pinamonti O, Dominioni L, Minoja G, Conti G. Use of heat and moisture exchanging (HME) filters in mechanically ventilated ICU patients: influence on airway flow resistance. Intensive Care Med 1993;19:462–6. [21] Jaber S, Chanques G, Matecki S, Ramonatxo M, Perrigault P, Souche B, et al. Comparison of the effects of heat and moisture exchangers and heated humidifiers on ventilation and gas exchange during noninvasive ventilation. Intensive Care Med 2002;28:1590–4. [22] Lelouche F, Maggiore S, Deye N, Taillé S, Pigeot J, Harf A, et al. Effect of the humidification device on the work of breathing during noninvasive ventilation. Intensive Care Med 2002;28:1582–9. [23] Auriant I, Jallot A, Hervé P, Cerrina J, Le Roy-Ladurie F, LametFournier J, et al. Noninvasive ventilation reduces mortality in acute respiratory failure following lung resection. Am J Respir Crit Care Med 2001;164:1231–5. [24] Delay J, Chanques G, André E, Cazottes S, Perrigault P, Souche B, et al. Application de la ventilation non invasive (VNI) en postopératoire de chirurgie digestive. Ann Fr Anesth Réanim 2002;21: 412S.