Les accidents domestiques chez l’enfant à Dakar : à propos de 555 cas

Les accidents domestiques chez l’enfant à Dakar : à propos de 555 cas

Journal de pédiatrie et de puériculture (2015) 28, 217—222 Disponible en ligne sur ScienceDirect www.sciencedirect.com ARTICLE ORIGINAL Les accide...

1MB Sizes 0 Downloads 1 Views

Journal de pédiatrie et de puériculture (2015) 28, 217—222

Disponible en ligne sur

ScienceDirect www.sciencedirect.com

ARTICLE ORIGINAL

Les accidents domestiques chez l’enfant à Dakar : à propos de 555 cas Domestic accidents in children at Dakar: A study of 555 cases A.S. Mohamed ∗, A. Omid , A.L. Faye Fall , P.A. Mbaye , N.F. Seck , O. Ndour , G. Ngom , M. Ndoye Service de chirurgie pédiatrique, centre hospitalier universitaire (CHU) Aristide Le-Dantec, BP 7325, Dakar, Sénégal Rec ¸u le 28 novembre 2014 ; accepté le 28 juillet 2015

MOTS CLÉS Accident domestique ; Cour ; Jardin ; Chute ; Décès



Résumé Les accidents domestiques sont peu connus et étudiés dans les pays en développement. Ce travail avait pour but de rapporter les aspects épidémiologiques et pronostics des accidents domestiques pris en charge dans le service de chirurgie pédiatrique du CHU Aristide Le-Dantec de Dakar, du 1er novembre 2009 au 30 octobre 2010. Matériels et méthodes. — Les dossiers d’enfants victimes de traumatismes non intentionnels survenus à domicile ou dans ses abords immédiats étaient inclus. Nous avons noté l’âge et le sexe de l’enfant, le jour, l’heure et le mois de survenue de l’accident, le mécanisme de l’accident et le lieu de survenue. Nous avons aussi étudié le pronostic exclusivement considéré sous l’angle des décès. Résultats. — Les accidents domestiques constituaient 28,8 % de l’ensemble des consultations et 16 % des hospitalisations à l’unité des urgences du service de chirurgie pédiatrique. La moyenne d’âge était de 5,1 ans. Les patients d’âge préscolaire étaient les plus touchés (59,3 %) avec une prédominance masculine (sex-ratio de 1,5). Les accidents domestiques survenaient principalement dans la cour et le jardin (26,2 %), lieux suivis de la chambre (17,9 %) et des escaliers (11,6 %). La chute était le principal mécanisme de survenue des accidents domestiques (62,5 %). Sept cas de décès (1,2 %) tous liés à des brûlures ont été recensés. Conclusion. — Les accidents domestiques chez les enfants dans notre contexte sont fréquents et surviennent essentiellement dans la cour et le jardin. La brûlure est responsable de la totalité des décès. © 2015 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Auteur correspondant. Adresse e-mail : [email protected] (A.S. Mohamed).

http://dx.doi.org/10.1016/j.jpp.2015.07.003 0987-7983/© 2015 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

218

KEYWORDS Domestic accidents; Yard; Garden; Fall; Death

A.S. Mohamed et al.

Summary Domestic accidents occur at home or immediate surroundings. They are less known and studied in developing countries. The aim of this search was to study the epidemiology and prognosis aspects of domestic accidents received in emergency unit of pediatric surgery service at the university hospital Aristide Le-Dantec in Dakar, period of 1 year from 1st November 2009 to 30th October 2010. Materials and methods. — Records of children victims of unintentional injuries occurred at home or in immediate surroundings were included. We noted the age and sex of the child, the arrival time, and the occurrence period of the accident, the mechanism of the accident and the occurrence place. We also studied the mortality. Results. — Domestic accidents constituted 28.8% of all visits and 16% in patients to the emergency unit of the pediatric surgery service. The average age was 5.1 years. Preschool patients were most affected (59.3%) with a male predominance (sex-ratio: 1.5). Domestic accidents occurred mainly in garden (26.2%), followed by rooms (17.9%) and stairs (11.6%). Fall was the main mechanism of occurrence of accidents at home (62.5%). Seven cases of death (1.2%) were identified, all related to burns. Conclusion. — Home accidents among children in our context are common and occur mainly in the yard and garden. Burning is the only cause responsible of all the deaths noted in our study. © 2015 Elsevier Masson SAS. All rights reserved.

Introduction Les accidents domestiques sont des traumatismes non intentionnels de la vie courante, survenant dans la maison ou ses abords immédiats [1]. Ils surviennent surtout chez les enfants entre 1 et 5 ans et beaucoup plus dans la cour et le jardin [2]. La chute est le mécanisme prédominant [2]. Les accidents domestiques sont à l’origine de diverses lésions telles que les contusions, les plaies et les fractures et peuvent être à l’origine de séquelles handicapantes et de décès [3]. Environ 830 000 enfants meurent chaque année à la suite d’accidents non intentionnels [4] et 12 000 décès sont attribués aux accidents domestiques en France [5]. Les accidents domestiques sont peu connus dans les pays en développement où ils sont susceptibles de revêtir des caractéristiques différentes et d’être tout aussi graves et fréquents. Le but de ce travail était de rapporter les aspects épidémiologiques et pronostics des accidents domestiques pris en charge au service de chirurgie pédiatrique du centre hospitalier universitaire (CHU) Aristide Le-Dantec de Dakar sur une période d’une année allant du 1er novembre 2009 au 30 octobre 2010.

Matériel et méthodes Nous avons mené une étude prospective sur les cas d’accidents domestiques survenant chez les enfants rec ¸us à l’unité des urgences du service de chirurgie pédiatrique du CHU Aristide Le-Dantec du 1er novembre 2009 au 30 octobre 2010. Tous les cas de traumatismes non intentionnels survenus à la maison ou dans ses voies d’accès environnantes ont été inclus dans l’étude. Les patients qui présentaient exclusivement un traumatisme relevant d’une autre spécialité (neurochirurgie, ORL, ophtalmologie, pédiatrie, stomatologie) ont été exclus de l’étude. Nous avons analysé la fréquence des accidents domestiques par rapport au nombre de consultation aux urgences

et en hospitalisation. Nous avons noté l’âge et le sexe de l’enfant, le jour, l’heure et le mois de survenue de l’accident, le mécanisme de l’accident et le lieu de survenue. Nous avons aussi étudié le pronostic exclusivement considéré sous l’angle des décès. L’analyse des données a été effectuée avec le logiciel EPI Info V.3.5.1.

Résultats Aspects épidémiologiques Fréquence Les accidents domestiques avec 555 cas ont constitué 28,8 % de l’ensemble des consultations aux urgences. Ils réalisaient 16,8 % de l’ensemble des hospitalisations.

Aspects sociodémographiques La moyenne d’âge était de 5,1 ans. Les patients d’âge préscolaire, entre 1 et 5 ans, étaient les plus touchés avec 59,3 % des cas (Fig. 1). La majorité des patients était de sexe masculin avec un sex-ratio de 1,5. Les accidents domestiques survenaient principalement dans la cour et le jardin (26,2 %), lieux suivis de la chambre avec 17,9 % des cas. Les détails sont représentés sur la Fig. 2. Plus de la moitié des accidents domestiques est survenue dans la soirée entre 15 heures et 22 heures (58,8 %), tranche horaire suivie de la matinée entre 7 heures et 14 heures (37,3 %) et de la nuit après 23 heures (3,9 %). Les accidents domestiques survenaient tous les jours avec des pics le vendredi et le samedi. Les mois de mars, avril, juillet et décembre étaient des mois de grande affluence pour les accidents domestiques (Fig. 3). La chute était le principal mécanisme de survenue des accidents domestiques (62,5 % des cas). Nous n’avons pas trouvé de cas de noyades encore moins de cas d’électrocutions dans la série. Le détail des mécanismes est représenté sur la Fig. 4.

Les accidents domestiques chez l’enfant à Dakar : à propos de 555 cas

Figure 1.

219

Répartition des accidents domestiques selon l’âge.

Aspects pronostiques Nous avons recensé 7 cas de décès tous liés à des brûlures, constituant 1,2 % de l’ensemble des accidents domestiques. Les patients étaient âgés en moyenne de 3,1 ans et 4 d’entre eux avaient moins de 3 ans. La majeure partie des brûlures était survenue dans la cuisine (4 cas). Deux enfants s’étaient brûlés dans la chambre et un dans la cour de la maison. Le décès survenait en moyenne 13,2 jours après l’admission des patients.

Discussion

Figure 2. survenue.

Répartition des accidents domestiques selon le lieu de

Dans notre étude, les accidents domestiques représentent près du tiers de l’ensemble des consultations et puis du cinquième des hospitalisations à l’unité des urgences du service de chirurgie pédiatrique du CHU Aristide Le-Dantec de Dakar. Ils constituent donc des accidents fréquents en traumatologie pédiatrique comme dans plusieurs séries de la littérature [6—8]. Notre étude retrouve une prédominance masculine. Cette prédominance masculine serait liée aux différences physiques et de tempérament, prédisposant les garc ¸ons à être plus souvent victimes d’accidents [9]. Cet aspect peut être lié au fait aussi que, dans notre contexte, les filles sont souvent confinées dans les tâches ménagères à la maison, ce qui explique, dans une certaine mesure, leur faible représentation. Les accidents domestiques sont plus fréquents chez les enfants de moins de 5 ans. Nos résultats sont comparables aux données de la littérature [2,3,6—12]. Les accidents domestiques seraient plus fréquents chez les enfants de cette tranche d’âge du fait qu’ils passent plus

220

Figure 3.

A.S. Mohamed et al.

Répartition mensuelle des accidents domestiques.

de temps à la maison [7]. Avec un temps d’exposition aux dangers de la maison plus long, les enfants de moins de 5 ans sont plus souvent victimes des accidents domestiques. Dans notre étude, c’est dans la cour et le jardin que l’on trouve le plus d’accidents, lieux suivis de la chambre, des escaliers, du salon, puis des voies environnantes. L’ordre de fréquence des lieux de survenue varient d’une étude à l’autre. Cependant, comparés à d’autres études, nos résultats ont en commun d’avoir la cour et/ou le jardin comme faisant partie des trois principaux lieux de survenue des accidents (Tableau 1). La majorité des accidents domestiques surviennent en fin d’après-midi et dans la soirée entre 15 heures et 22 heures, tranches horaires correspondant à la descente des enfants de l’école. Rentrés à la maison, ces enfants se livrent à des activités de jeu ou de sport. Ce constat est fait

Tableau 1

par d’autres auteurs [1,8,13]. Selon Thélot [5], la chronologie des accidents domestiques sur la journée correspond grosso-modo à celle des activités générales avec un maximum entre 16 et 19 heures. Concernant le jour de survenue, Reinberg et al. [14] et Carter et Jones [15] notent qu’il n’y a pas de variation sensible du nombre d’accidents selon le jour de la semaine. Chez Lebeu [16] au contraire, les accidents survenaient beaucoup plus les jours ouvrables que les weekends. Dans notre étude, les accidents surviennent surtout le vendredi et le samedi. Ategbo et al. [2], au Gabon, a fait le même constat. Selon lui, ce résultat pourrait s’expliquer par la présence au domicile, les jours de week-end, des enfants qui sont moins surveillés car il s’agit des jours de repos parental [2]. Dans différentes études [1,16,17], des variations saisonnières ont été observées. Aux États-Unis entre

Ordre des lieux de survenue de l’accident domestique selon diverses études.

Série Rang

Ategbo et al. [2] (Gabon)

Zidouni [8] (Algérie)

Epac [5] (France)

Notre étude (Sénégal)

1er rang 2e rang 3e rang 4e rang

Cour Chambre Cuisine Escaliers

Chambre Cour Cuisine Escaliers

Chambre Escaliers Cuisine Cour

Cour Chambre Escaliers Cuisine

Les accidents domestiques chez l’enfant à Dakar : à propos de 555 cas

221

Déclaration d’intérêts Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.

Références

Figure 4. nisme.

Répartition des accidents domestiques selon le méca-

1993 et 1999, les effectifs les plus élevés ont été constatés au printemps (d’avril à juin) et les plus bas en automne (d’octobre à décembre) [1]. Pour Lebeu [16], il y a une prédominance des cas en été. Dans notre étude indépendamment des saisons, il y avait des pics en décembre, mars, avril et juillet. Dans notre contexte, les mois de décembre, avril et juillet incluent des périodes de vacances scolaires, ce qui pourrait expliquer une augmentation du nombre de cas. La chute constitue, dans notre étude, le principal mécanisme de l’accident domestique, suivie des brûlures, puis des écrasements. Cela peut être expliqué par le fait que le jeu est la principale activité des enfants à domicile et que celui-ci est constitué de courses et sauts pouvant occasionner ces chutes. D’autres études [3,5,6,8—10,13] placent également la chute comme principal mécanisme de l’AD. Dans une étude portant sur les accidents domestiques chez le nourrisson, Mabiala Babela et al. [18] ont retrouvé un taux de décès de 1,26 % (4 décès sur 317 cas), proche de celui de notre étude (1,2 %). Ce type de traumatisme avec les accidents de la circulation, les noyades, les chutes et les empoisonnements causent 60 % des traumatismes mortels chez l’enfant [19]. Les traumatismes par chute susceptibles d’être les plus dangereux sont souvent les traumatismes crânioencéphaliques qui ne sont pas pris en charge au niveau de notre service. Tous les cas de décès que nous avons recensés sont liés à des brûlures. Dans les pays en développement, la brûlure est un réel problème de santé publique, d’autant plus grave que la mortalité y est plus élevée qu’ailleurs [20]. Nous constatons, dans notre pratique quotidienne, l’absence de moyens thérapeutiques et de services spécialisés pour une meilleure prise en charge de ces brûlures. En effet, en dehors du service de réanimation chirurgicale de l’hôpital principal de Dakar, réservé au traitement des brûlés graves, il n’existe pas au Sénégal une structure spécialisée dans la prise en charge des brûlés [21]. L’incidence élevée de ces brûlures chez le nourrisson dans notre étude pourrait être expliquée par l’absence de local dédié à la cuisine dans certains ménages.

[1] Thélot B. Epidemiology of the injuries among children and teenagers. Arch Pediatr 2008;15:758—60. [2] Ategbo S, Minto’o S, Koko J, Mengue Mba-Meyo S. Aspects épidémiologiques des accidents domestiques de l’enfant à Libreville (Gabon). Clin Mother Child Health 2012;9:1—3. [3] Thélot B. Épidémiologie des accidents de la vie courante chez l’enfant. Arch Pediatr 2010;17:704—5. [4] Peden M. World report on child injury prevention calls for evidence-based interventions. Int J Inj Contr Saf Promot 2009;16:57—8. [5] Réseau EPAC. Thélot B. Institut de veille sanitaire, département maladies chroniques et traumatismes. 2003. http//www.invs.sante.fr/publications/2006/epac/epac fr.pdf [consulté le 15/10/201]. [6] Phelan KJ, Khoury J, Kalkwarf H, Lanphear B. Residential injuries in US children and adolescents. Public Health Rep 2005;120:63—70. [7] Paes CE, Gaspar VL. Unintentional injuries in the home environment: home safety. J Pediatr (Rio J) 2005;81:146—54. [8] Zidouni N. Les accidents domestiques de l’enfant en milieu rural. Résultats de l’enquête réalisée en 2000 à Tunis par l’INPS. [9] Molinié E, Cicurel JP. La sécurité des enfants, que fait-on ? Le livre blanc des accidents de la vie courante, 15. Institut National de la consommation; 2008. p. 15—29. [10] Oyetunji TA, Stevenson AA, Oyetunji AO, Onguti SK, Ames SA, Haider AH, et al. Profiling the ethnic characteristics of domestic injuries in children younger than age 5 years. Am Surg 2012;78:426—31. [11] Mutto M, Lawoko S, Nansamba C, et al. Unintentional childhood injury patterns, odds, and outcomes in Kampala City: an analysis of surveillance data from the National Pediatric Emergency Unit. J Inj Violence Res 2011;3:13—8. [12] Ruiz-Casares M, Heymann J. Children home alone unsupervised: modeling parental decisions and associated factors in Botswana, Mexico, and Vietnam. Child Abuse Negl 2009;33:312—23. [13] Reboli E [Thèse] Les accidents de la vie courante : étude descriptive à partir du recueil de 10 177 données, EPAC 2004 du service des urgences pédiatriques du Havre et projets de prévention pour l’agglomération havraise. Rouen: Faculté mixte de médecine et de pharmacie de Rouen; 2006. [14] Reinberg O, Lutz N, Reinberg A, Mechkouri M. Trauma does not happen at random. Predictable rhythm pattern of injury occurrence in a cohort of 15,110 children. J Pediatr Surg 2005;40:819—25. [15] Carter YH, Jones PW. Accidents among children under 5 years old: a general practice-based study in north Staffordshire. Br J Gen Pract 1993;43:159—63. [16] Lebeu B [Thèse de doctorat en médecine] Les accidents domestiques responsables d’hospitalisation d’enfants au CHU de Nantes en 2002 : mieux connaître pour mieux prévenir. Nantes: Université de Nantes; 2004. [17] Haggerty RJ. Home accidents in childhood. 1959. Inj Prev 1996;2:290—8. [18] Mabiala-Babela JR, Pandzou N, Moyen GM. La pathologie accidentelle du nourrisson aux urgences pédiatriques du CHU de Brazzaville (Congo). J Pediatr Puericult 2010;23:185—90.

222 [19] Towner E, Scott I. Chapitre 1. Les traumatismes chez l’enfant considérés dans leur contexte. In: Peden M, et al, editors. Rapport mondial sur la prévention des traumatismes chez l’enfant. Suisse: Organisation mondiale de la santé (OMS); 2008. p. 1—30.

A.S. Mohamed et al. [20] Le Dantec P, Niang B, Boulesteix G, Bellefleur JP, Pochan Y, Diatta B. Prise en charge de la brûlure en milieu non spécialisé en Afrique. Med Trop 2003;63:567—72. [21] Le Dantec P, Riou O, Guinet P. Réflexion sur la prise en charge des brûlures graves au Sénégal. Med Trop 2002;62:282.