Les anomalies moléculaires dans les lymphomes

Les anomalies moléculaires dans les lymphomes

Volume 97 • N° 11 • novembre 2010 Synthèse General review ©John Libbey Eurotext Les anomalies moléculaires dans les lymphomes Molecular abnormaliti...

230KB Sizes 19 Downloads 79 Views

Volume 97 • N° 11 • novembre 2010

Synthèse General review

©John Libbey Eurotext

Les anomalies moléculaires dans les lymphomes Molecular abnormalities in lymphomas G. Delsol

doi: 10.1684/bdc.2010.1214

Tirés à part : G. Delsol

Inserm U563, Université Paul-Sabatier,CHU de Toulouse-Purpan, Toulouse, France

Résumé. De nombreuses anomalies moléculaires ont été décrites dans les lymphomes. Elles ont un intérêt diagnostique, pronostique et sont prises en compte pour la classification OMS de ces tumeurs. Elles permettent aussi de comprendre les mécanismes moléculaires qui sous-tendent leur développement. Elles sont schématiquement de quatre types : mutations, translocations, amplifications et délétions avec parfois perte d’un gène suppresseur de tumeurs. La détection de ces anomalies peut se faire par cytogénétique conventionnelle, FISH (hybridation in situ par sonde fluorescente) multicouleur, CGH array ou analyse du transcriptome par puces ADN. Les anomalies moléculaires s’accompagnent parfois de l’expression anormale d’une protéine (e.g. tyrosinekinase, facteurs de transcription) qui peut être détectée par immunohistochimie. Cette revue fait le point des anomalies moléculaires observées dans les lymphomes B, T ou NK les plus fréquents. Parmi les lymphomes B, sont discutés les lymphomes B diffus à grandes cellules (signature de type centre germinatif GCB : CD10+, BCL6 [B-cell lymphoma 6]+, centerine+, MUM1– ou de type cellules B activées ABC : CD10–, BCL6–, centerine–, MUM1+), les lymphomes folliculaires (dérégulation de BCL2), les lymphomes du MALT (mucosa associated lymphoid tissue) [protéine chimérique API2-MALT1 (mucosa-associated-lymphoïd-tissuelymphoma-translocation-gene1) ou dérégulation d’un facteur de transcription : BCL10, MALT1, FOXP1. MALT1], les lymphomes du manteau (surexpression de la cycline D1) et le lymphome de Burkitt (expression de c-Myc). À l’exception de lymphomes anaplasiques à grandes cellules, les anomalies moléculaires des lymphomes développés à partir des lymphocytes T et NK sont moins bien caractérisées. Les lymphomes T périphériques « sans spécification » constituent un groupe très hétérogène avec de fréquentes anomalies mais sans translocation récurrente. L’étude de la signature moléculaire montre que plusieurs gènes sont dérégulés dont le gène PDGFRA (platelet-derived growth factor receptor) à activité tyrosine-kinase. Dans les lymphomes T angio-immunoblastique, les anomalies moléculaires affectent les cellules T helper Bull Cancer vol. 97

• N° 11 • novembre 2010

Abstract. Numerous molecular abnormalities have been described in lymphomas. They are of diagnostic and prognostic value and are taken into account for the WHO classification of these tumors. They also shed some light on the underlying molecular mechanisms involved in lymphomas. Overall, four types of molecular abnormalities are involved: mutations, translocations, amplifications and deletions of tumor suppressor genes. Several techniques are available to detect these molecular anomalies: conventional cytogenetic analysis, multicolor FISH, CGH array or gene expression profiling using DNA microarrays. In some lymphomas, genetic abnormalities are responsible for the expression of an abnormal protein (e.g. tyrosine-kinase, transcription factor) detectable by immunohistochemistry. In the present review, molecular abnormalities observed in the most frequent B, T or NK cell lymphomas are discussed. In the broad spectrum of diffuse large B-cell lymphomas microarray analysis shows mostly two subgroups of tumors, one with gene expression signature corresponding to germinal center B-cell-like (GCB: CD10+, BCL6 [B-Cell Lymphoma 6]+, centerine+, MUM1–) and a subgroup expressing an activated B-cell-like signature (ABC: CD10–, BCL6–, centerine–, MUM1+). Among other B-cell lymphomas with well characterized molecular abnormalies are follicular lymphoma (BCL2 deregulation), MALT lymphoma (Mucosa Associated Lymphoid Tissue) [API2-MALT1 (mucosaassociated-lymphoid-tissue-lymphoma-translocationgene1) fusion protein or deregulation BCL10, MALT1, FOXP1. MALT1 transcription factors], mantle cell lymphoma (cycline D1 [CCND1] overexpression) and Burkitt lymphoma (c-Myc expression). Except for ALK (anaplastic lymphoma kinase)-positive anaplastic large cell lymphoma, well characterized molecular anomalies are rare in lymphomas developed from T or NK cells. Peripheral T cell lymphomas not otherwise specified are a heterogeneous group of tumors with frequent but not recurrent molecular abnormalities. Gene profiling analysis shows that the expression of several genes is deregulated

1347

G. Delsol

folliculaires (TFH) qui expriment plusieurs marqueurs distinctifs dont CD10, PD-1, CXCR5 et la chimiokine CXCL13. Les lymphomes anaplasiques à grandes cellules de phénotype T/NUL représentent un modèle de lymphome T exprimant une protéine de fusion X-ALK (anaplastic lymphoma kinase) oncogène due à une translocation impliquant le gène ALK en 2p23. La tyrosine-kinase ALK va activer en aval diverses voies (Stat3/5b, Src kinases, PLCγ, PI3 kinase) intervenant dans la lymphomagenèse, la prolifération et la protection contre l’apoptose. Des inhibiteurs spécifiques de ALK sont actuellement en évaluation clinique. Enfin, plusieurs lymphomes sont associés à des agents infectieux ayant un rôle oncogène soit direct (virus EB [Epstein-Barr], HTLV1), soit indirect comme Helicobacter pylori, dans les lymphomes de type MALT.



Mots clés : lymphomes, anomalies moléculaires, classification OMS, profil d’expression génique, transcriptome

Introduction Le cancer est une maladie génétique et toutes les formes de cancers sont caractérisées par la présence d’anomalies génétiques et donc moléculaires. Les lymphomes n’échappent pas à cette règle. Ils se singularisent par le fait que de nombreuses anomalies moléculaires sont décrites et souvent secondaires à des translocations chromosomiques. De plus, ces anomalies moléculaires sont à la base de la classification de ces tumeurs et ont non seulement un intérêt diagnostique et pronostique mais également des applications thérapeutiques. Depuis une dizaine d’années, la découverte de ces anomalies moléculaires a bénéficié des progrès réalisés dans l’étude du transcriptome avec les puces à ADN. La mise en évidence de ces anomalies a également permis de mieux comprendre les mécanismes moléculaires qui sous-tendent le développement de ces tumeurs.

Bases de la classification OMS des lymphomes Actuellement, le diagnostic de lymphome repose sur un ensemble de critères morphologiques, immunophénotypiques, cliniques et géniques/moléculaires. Ces critères permettent de définir des entités. Les caractéristiques morphologiques restent essentielles, mais elles ne sont que le reflet d’un ensemble d’anomalies moléculaires

1348

including PDGFRA (platelet-derived growth factor receptor) gene, encoding a receptor with tyrosine kinase activity. In angio-immunoblastic T-cell lymphomas molecular abnormalities are found in follicular helper T-cell (TFH) that express some distinctive markers such as CD10, PD-1, CXCR5 and the CXCL13 chemokine. ALK-positive anaplastic large cell lymphoma is a paradigme of T-cell lymphoma since it is associated with an X-ALK oncogenic fusion protein due to a translocation involving ALK gene at 2p23. ALK tyrosine kinase activates downstream pathways (Stat3/5b, Src kinases, PLCγ, PI3 kinase) implicated in lymphomagenesis, proliferation and protection against apoptosis. Specific ALK inhibitors are currently in clinical evaluation. Lastly several lymphomas are associated with infectious agents that play a direct (EB virus, HTLV1) or indirect role (e.g. Helicobacter pylori in MALT lymphoma) in lymphomagenesis.



Key words: lymphoma, molecular abnormalities, WHO classification, transcriptome, gene expression profiling

qui constituent les acteurs de l’oncogenèse et qui vont donner ce que l’on appelle la signature moléculaire des tumeurs. La nouvelle classification (OMS 2008) reconnaît des lymphomes non hodgkiniens et des lymphomes hodgkiniens (le terme maladie de Hodgkin est abandonné). Les lymphomes non hodgkiniens sont développés à partir des cellules B ou T et NK. Les lymphomes B et T sont stratifiés en précurseurs ou « lymphoblastiques » et en lymphomes dits matures ou périphériques. Les lymphomes B et T matures peuvent être regroupés en fonction de leur présentation clinique majeure, leucémique, à prédominance ganglionnaire ou au contraire primitivement extraganglionnaire. En Europe et en Amérique du Nord, les lymphomes B sont de loin les plus fréquents et représentent environ 80-90 % des lymphomes comparés aux 10-20 % de lymphomes T. La figure 1 donne une idée de la fréquence des divers types de lymphomes. Dans cette revue générale ne seront discutées que les anomalies moléculaires des lymphomes les plus fréquents.

Techniques utilisées dans la détection des anomalies moléculaires des lymphomes Les anomalies géniques sont schématiquement de quatre types : des mutations, parfois ponctuelles, des Bull Cancer vol. 97

• N° 11 • novembre 2010

Les anomalies moléculaires dans les lymphomes

Fréquence des lymphomes non hodgkiniens • Lymphomes B (88 %) (# 40 entités) Lymph B diffus à grandes cellules : 31 % Lymph folliculaires.......................... : 22 % Lymph du MALT............................. : 8 % Lymph lymphocytiques (LLC) ..... : 7 % Lymph du manteau......................... : 6 % Lymph B médiastinal...................... : 6 % Lymph de la zone marginale (gg).. : 2 % Lymph de Burkitt............................ : 3 % Lymph lymph-plasmocytaire......... : 1 % Lymph zone marginale splénique.. : < 1 %

• Lymphomes T (12 %) (# 24 entités) Lymph T périphériqu (sans spécifica). : 4 % Lymph anaplasique gdes cellules.......... : 2 % Lymp lymphoblasiques.......................... : 2 % Lymph T/NK de type nasal................. : 1 % Lymph T angio-immunoblasitque........ : 1 % Lymph T intestinal................................. : < 1 % Lymph/leucémies de l’adulte HTLV1. : < 1 %

WHO Classification of Tumors of Haematopoietic and Lymphoid Tissues (2008) Ed by H Swerdlow, E Campo, NL Harris, ES Jaffe, SA Pileri, H Stien, J Thiel eJW Wardiman

Figure 1. Fréquence des lymphomes non hodgkiniens.

translocations fréquentes dans les lymphomes, mais aussi les sarcomes, des amplifications et des délétions ou pertes d’un chromosome renfermant parfois un gène suppresseur de tumeurs. La détection de ces anomalies peut se faire par cytogénétique conventionnelle, FISH (hybridation in situ par sonde fluorescente) multicouleur, CGH, c’est-à-dire hybridation génomique comparative et maintenant CGH array. La technique FISH sur noyaux en métaphase ou en interphase est utilisée en routine. L’analyse cytogénétique conventionnelle est basée sur l’étude de chromosomes en métaphase par des techniques de coloration. Il faut cependant savoir que l’obtention de métaphases de bonne qualité dans les syndromes lymphoprolifératifs est souvent difficile notamment dans les lymphomes lentement évolutifs. Un progrès significatif a été la mise au point de techniques de génétique cytomoléculaire notamment l’hybridation FISH. Le principe de cette technique est d’utiliser un fragment d’ADN marqué (sonde) qui va s’hybrider avec une cible complémentaire dans le noyau. Ces sondes peuvent être utilisées sur des cellules en métaphase ou en interphase et la majorité des aberrations chromosomiques numériques ou structurales peuvent être détectées. Dans le domaine des lymphomes, essentiellement deux stratégies sont utilisées. La première fait appel à deux sondes marquées avec des fluorochromes différents qui vont encadrer les points de cassure de chaque partenaire de la translocation. La seconde est basée sur deux sondes marquées par deux fluorochromes différents encadrant le point de cassure d’un locus spécifique (break-apart probes). Cette méthode permet la détection de toutes les translocations affectant les gènes IgH (immunoglobulines H), BCL6 (B-cell lymphoma 6) ou le locus Myc. L’avantage du FISH interphasique est de pouvoir être utilisé sur du Bull Cancer vol. 97

• N° 11 • novembre 2010

matériel fixé et inclus en paraffine. Il est possible d’utiliser des sondes marquées avec plusieurs fluorochromes permettant la visualisation de plusieurs réarrangements simultanés. Cette technique a de plus l’avantage de pouvoir être combinée à la morphologie, voire à l’immunohistochimie. Les techniques de biologie moléculaire classiques PCR, RT-PCR, PCR quantitatives sont souvent très utiles. Depuis un peu moins de dix ans, de nombreux travaux ont concerné la recherche d’anomalies qualitatives et surtout quantitatives des ARN messagers c’est-à-dire des transcrits, avec un nouveau mot, le « transcriptome », et des tumeurs étudiées le plus souvent par biopuces ou RT-PCR quantitative. En plus de l’analyse individuelle de certains gènes, il est important d’avoir des informations plus globales concernant l’expression de plusieurs gènes. L’utilisation de puces à ADN permet de connaître l’expression de dizaines de milliers de gènes analysés simultanément et il est dès lors possible de réaliser une classification moléculaire des cancers en comparant le profil d’expression de diverses tumeurs. La première technique utilisée pour l’analyse du transcriptome des lymphomes a fait appel à des puces d’ADNc complémentaires (DNA microarrays). Il est aussi possible d’utiliser des oligonucléotides à la place des ADNc. Le premier lymphochip a été construit en sélectionnant des gènes préférentiellement exprimés dans les cellules lymphoïdes et des gènes dont on sait qu’ils jouent un rôle important en immunologie ou dans les cancers. Un ADNc de référence a été élaboré à l’aide d’un pool d’ARNm préparés à partir de lignées lymphomateuses différentes et cet ADNc a été marqué par un fluorochrome Cy3. Les ADNc provenant des échantillons tumoraux ont été marqués par un autre fluorochrome Cy5 (hybridation compétitive). Un algorithme de clustering hiérarchique a été utilisé pour identifier les groupes de gènes ayant un niveau d’expression comparable dans les divers échantillons. Sur les matrices, chaque ligne représente le résultat d’une hybridation avec un seul ADNc du « Lymphochip » et chaque colonne représente la mesure du niveau d’expression de chaque gène pour un échantillon donné. Le niveau médian d’expression a été mesuré et représenté par une couleur. Le rouge indique une expression supérieure à la moyenne et le vert inférieure à la moyenne. Pour valider les résultats du transcriptome, les cas analysés doivent être soumis à une RT-PCR quantitative et, lorsque les anticorps identifiant les produits des gènes sont disponibles, à une étude immunohistochimique. La pro-

1349

G. Delsol

duction d’anticorps monoclonaux dirigés contre des protéines caractéristiques de certains lymphomes a été déterminante notamment pour le diagnostic (i.e. cycline D1, tyrosine-kinase ALK [anaplastic lymphoma kinase]) ou pour la sélection des malades susceptibles de bénéficier de traitements ciblés (i.e. anti-B CD20). Il faut souligner qu’il est maintenant possible en utilisant des « puces tissulaires » (tissue microarrays : TMA) d’analyser sur une seule lame 100 à 200 tumeurs et de valider les résultats des études transcriptomiques sur des tumeurs dont l’évolution est connue. L’identification des modifications des protéines s’appuie sur des techniques de protéomique (i.e. spectrométrie de masse).

Anomalies géniques/moléculaires des lymphomes B Lymphomes B diffus à grandes cellules (sans spécification) : l’apport des analyses par puces ADN Données générales Ces lymphomes sont les plus fréquents (30-40 % des lymphomes) des lymphomes non hodgkiniens et cliniquement hétérogènes. Ils touchent surtout le sujet âgé (âge médian 70 ans). Le début peut être ganglionnaire ou extraganglionnaire (40 % des cas). Ces lymphomes peuvent être de novo ou survenir dans l’évolution d’un lymphome lentement évolutif (i.e. leucémie lymphoïde chronique, lymphome folliculaire). Aspect morphologique Comme leurs noms l’indiquent, ces tumeurs sont toujours constituées de cellules de grande taille, mais de morphologie très variable (centroblastique, immunoblastique, anaplasique) ce qui trahit l’hétérogénéité de ce groupe de lymphomes. Immunophénotype Ces tumeurs expriment plusieurs antigènes B (CD20, CD79a) le marqueur clé étant la molécule CD20, cible du traitement par le rituximab. Des Ig de surface et/ou cytoplasmiques peuvent aussi être détectées (IgM > IgG > IgA). Les résultats des analyses sur puces ADN ont permis de distinguer deux grands sous-groupes (cf. infra).

1350

Anomalies géniques/moléculaires En dehors d’un réarrangement clonal des gènes des chaînes lourdes et légères des Ig, plusieurs types d’anomalies génétiques sont observées : réarrangement de la région 3q27 (gène BCL6), translocation t(14;18) impliquant le gène BCL2 (20-30 %) et/ou réarrangement de c-Myc dans 10 % des cas. Apports des analyses sur puces ADN : la signature moléculaire Compte tenu de la fréquence de cette variété de lymphomes, de leur hétérogénéité morphologique, clinique et évolutive, de nombreuses études ont tenté de préciser leur signature moléculaire et d’identifier des marqueurs pronostiques. Le but des analyses à grande échelle du profil d’expression des gènes dans les lymphomes B de cette étude était : – d’obtenir un profil moléculaire pour les divers types de lymphomes B ; – d’identifier des groupes de lymphomes non reconnus par les classifications actuelles ; – et de rattacher chaque groupe de lymphomes à un stade normal du développement et de la physiologie des lymphocytes B. Dans l’étude d’Alizadeh et al., le profil d’expression des lymphomes B à grandes cellules a été comparé à celui des lymphomes folliculaires et de la leucémie lymphoïde chronique. L’expression génique des cellules B et T au repos, et des cellules B activées a servi de référence. Le profil d’expression des lymphomes B diffus à grandes cellules est nettement distinct de celui des leucémies lymphoïdes chroniques et des lymphomes folliculaires. Pour la première fois, deux grands sous-groupes de lymphomes B diffus à grandes cellules ont été identifiés sur la base de leur profil d’expression génique : les lymphomes B diffus avec une signature de type centre germinatif (GCB-like : germinal center B-cells) et ceux avec une signature de type cellule B activée (ABC : activated B-cell-like). Les gènes exprimés par les lymphomes de type centre germinatif correspondent à des gènes connus tels que ceux codant pour CD10 et CD38 et surtout le gène codant pour BCL6, fréquemment transloqué dans les lymphomes B, et qui est un très bon marqueur des cellules des centres germinatifs. Bien que l’expression de BCL6 soit toujours détectée, son niveau n’est pas corrélé avec la translocation de BCL6. BCL6 est un répresseur de la transcription normalement exprimé dans les cellules B et dans les cellules T helper folliculaires (TFH) CD4+ Bull Cancer vol. 97

• N° 11 • novembre 2010

Les anomalies moléculaires dans les lymphomes

à l’intérieur des centres germinatifs. La surexpression de ce gène traduit donc simplement l’origine de ces lymphomes à partir du centre germinatif. À noter la régulation négative par BCL6 de PRDM1 qui code pour blimp1 (B lymphocyte-induced maturation protein 1) qui est indispensable à la différenciation plasmocytaire. Deux autres gènes sont altérés dans ce groupe de lymphomes, BCL7A et LMO2 qui n’avaient pas été jusque-là décrits dans les cellules des centres germinatifs. LMO2, qui a un rôle dans l’érythropoïèse et l’angiogenèse, est le gène le plus fréquemment associé aux translocations des leucémies aiguës lymphoblastiques T de l’enfant. Il n’est pas exprimé dans les cellules T normales, mais il est exprimé à un niveau élevé dans les lymphocytes des centres germinatifs. L’expression de LOM2 indique que cette protéine a un rôle dans l’inhibition de la différentiation des cellules B et probablement un rôle dans le phénotype malin de ces lymphomes. Les gènes exprimés par les lymphomes de type B activés ont une signature qui inclut le gène IRF4 (MUM1/LSIRF) qui est un facteur de transcription qui joue un rôle important dans la régulation de l’expression génique en réponse aux interférons et autres cytokines. Dans les lymphocytes B normaux, IRF4/MUM/MUM1 et BCL6 sont mutuellement exclusifs. Ce gène, qui est fusionné au locus des Ig dans quelques cas de myélomes multiples, fonctionne comme un oncogène in vitro. Il est progressivement surexprimé dans l’activation des lymphocytes normaux. Ainsi, l’expression constitutive d’IRF4/MUM/MUM1 dans les lymphomes B de type B activés pourrait contribuer à l’absence de contrôle dans la prolifération des cellules malignes dans ce groupe de tumeurs. Un autre gène majeur dans les lymphomes développés à partir des cellules B activées est FLIP qui inhibe la mort programmée des cellules (FLICE-like inhibitory protein-1) qui peut bloquer l’apoptose médiée par Fas et d’autres récepteurs de mort cellulaire. La majorité des tumeurs de type B activées (70 % des cas) présentait un taux élevé d’ARN BCL2 comparé aux lymphomes de type centre germinatif (30 % des cas BCL2+). Autre fait marquant de l’étude d’Alizadeh et al., la signature moléculaire semblait corrélée au pronostic, les patients avec une tumeur de type « centre germinatif » avaient une survie globale à cinq ans meilleure que ceux porteurs d’une tumeur de type « B activé » (76 contre 16 %). La prise en compte de l’IPI (International Pronostic Index) et de la signature moléculaire permettait de mieux prédire l’évolution des patients. Bull Cancer vol. 97

• N° 11 • novembre 2010

Ces premiers travaux ont suscité d’autres études dont les résultats ont permis d’enrichir la signature moléculaire de ces lymphomes et de préciser les implications pronostiques. Globalement, l’existence des deux groupes a été confirmée par d’autres études, dont celle de Rosenwald. Cependant, ces auteurs ont mis en évidence un troisième groupe (« type 3 ») avec une signature différente des deux groupes précédents, mais qui est proche de celle du groupe des lymphomes développés à partir de cellules B activées. Dans leur étude, ils montrent qu’il existe une translocation t(14;18) et une amplification du locus c-Rel (qui code pour un membre de la famille NF-kB) uniquement dans les lymphomes B diffus à grandes cellules de type centre germinatif. Cela confirme que ce sousgroupe représente une réelle entité. Lossos et al. ont identifié, en analyse multivariée, six gènes importants pour le pronostic : LMO2, BCL6, FN1 (fibronectine 1), CCND2, SCYA3 et BCL2. Les gènes LMO2 et BCL6 figurent déjà dans la signature moléculaire des lymphomes B développés à partir des centres germinatifs et BCL2 CCND2 et SCYA3 dans la signature du groupe des lymphomes à cellules B activées. FN1 est une glycoprotéine extracellulaire qui est un ligand de la famille des récepteurs aux intégrines qui régule l’organisation du cytosquelette. Dans leur étude, l’expression de LMO2, BCL6 et FN1 est corrélée avec une survie prolongée. À l’inverse, BCL2, CCND2 et SCYA3 sont associés à une survie raccourcie. Ces trois gènes sont inclus dans la signature des lymphomes développés à partir des cellules B activées : – BCL2 prévient l’apoptose et est reconnu comme marqueur de mauvais pronostic des lymphomes B diffus à grandes cellules ; – CCND2 code une protéine appartenant à la famille des cyclines et contrôle la progression du cycle de la phase G1 à la phase S. Sa surexpression a été observée dans la leucémie lymphoïde chronique et les lymphomes du manteau ; – SCYA3, aussi connu sous le nom de MIP-1-α ou CCL3, est une chimiokine qui recrute une variété de cellules dans les foyers inflammatoires. Sa fonction dans les cellules B n’est pas connue, mais elle est principalement exprimée dans le groupe des lymphomes B à cellules activées. Les promoteurs de CCND2 et SCYA3 contiennent un site de fixation de forte activité pour BCL6 et l’expression de ces gènes est réprimée par BCL6.

1351

G. Delsol

L’association avec la chimiothérapie de type CHOP au rituximab a significativement amélioré la survie des lymphomes B diffus à grandes cellules (R-CHOP : 51 % ; CHOP = 29 %). D’autres études, notamment celle de Lenz et al., ont tenté d’affiner la signature moléculaire et de la corréler à la réponse au traitement. Les résultats de l’étude de Lenz et al. mettent en relief trois nouvelles signatures ; « type B centre germinatif », stromal-1 et stromal-2. Ces signatures prédisent la survie des patients traités par CHOP et R-CHOP. La signature « stromal-1 » dépend de la matrice extracellulaire et de l’infiltration histiocytaire (CD14) et semble associée à un pronostic favorable. En revanche, la signature stromal-2 est associée à un pronostic moins favorable et reflète la densité des vaisseaux. Cette dernière inclut des marqueurs connus des cellules endothéliales tels que CD31 ou PECAM1 (platelet endothelial cell adhesion molecule) et cette signature comporte également des gènes clés dans la régulation de l’angiogenèse : les récepteurs du VEGF. En résumé En résumé, il semble que sur la base des six gènes ci-dessus, il soit possible de prédire l’évolution des lymphomes B à grandes cellules traités par CHOP ou R-CHOP. La survie dans les deux groupes est meilleure avec le traitement R-CHOP que CHOP et de l’ordre de 80 % dans le groupe de type centre germinatif versus 50 % dans le groupe de type cellules B activées. Cependant, d’autres anomalies moléculaires doivent être prises en compte notamment l’expression de l’oncoprotéine BCL2, qui est un facteur de mauvais pronostic. L’utilisation des TMA a permis de confirmer (dans environ 80 % des cas) les résultats des profils d’expression. Ainsi, les deux principaux sous-groupes peuvent être classés en tumeurs de type GCB : CD10+, BCL6+, MUM1– et non GCB : CD10–, BCL6–/+, MUM1+. Un article récent rajoute à ces marqueurs la centerine qui est exprimée par les lymphocytes B des centres germinatifs. Autres lymphomes B diffus à grandes cellules En dehors des lymphomes B diffus à grandes cellules discutés ci-dessus, la classification de l’OMS reconnaît d’autres types de lymphomes B considérés comme des entités à part entière : – lymphome B primitif du médiastin (souvent associé à une amplification de REL et de JAK2 et à une surexpression du gène MAL et de FIG1 qui est activé par l’IL4) ;

1352

– les lymphomes intravasculaires sans anomalie moléculaire reconnue ; – les lymphomes primitifs des séreuses survenant le plus souvent chez les sujets VIH+ et associés au virus HHV8 et parfois au virus EB (Epstein-Barr) ; – les lymphomes survenant chez des patients présentant une inflammation chronique (pneumothorax et ostéomyélite) sans anomalie moléculaire caractéristique, mais associée au virus EB, ainsi que d’autres lymphomes B très rares (OMS).

Lymphomes folliculaires : le rôle de l’oncoprotéine antiapoptotique BCL2 Données générales Ces lymphomes sont parmi les plus fréquents aux ÉtatsUnis et en Europe alors qu’ils sont rares en Asie et en Afrique. Il s’agit habituellement de lymphomes à début ganglionnaire, mais tous les sites peuvent être atteints notamment le tractus gastro-intestinal. La majorité des patients se présente avec un stade III ou IV lors du diagnostic et avec des localisations médullaires dans 40 à 70 % des cas. Aspects morphologiques Ces lymphomes sont dérivés des cellules des follicules lymphoïdes (cellules du centre germinatif). L’architecture folliculaire est due à la présence d’un réseau de cellules folliculaires dendritiques qui est restreint aux follicules lymphoïdes. Immunophénotype Les cellules lymphomateuses possèdent des Ig de surface (IgM, IgG ou plus rarement IgA), plusieurs marqueurs B (CD19, CD20, CD79a) et sont BCL2+, BCL6+, CD10+. La caractéristique essentielle de ces tumeurs est l’expression de l’oncoprotéine BCL2 (85 à 90 % des cas). La détection de BCL2 dans ces lymphomes contraste avec son absence dans les centres germinatifs considérés comme leur contrepartie normale. Dans les lymphomes folliculaires BCL2 négatifs, l’absence de détection de la protéine BCL2 est souvent due à une mutation du gène BCL2 qui élimine l’épitope reconnu par la majorité des anticorps. Hormis ces rares cas, la protéine BCL2 est très utile pour différencier, dans certains cas, un lymphome folliculaire d’une hyperplasie atypique, mais non néoplasique, des follicules lymphoïdes. Dans les lymphomes folliculaires, la détection immunohistochimique de BCL2 est Bull Cancer vol. 97

• N° 11 • novembre 2010

Les anomalies moléculaires dans les lymphomes

associée à la translocation t(14 ;18), mais cette oncoprotéine peut être détectée dans d’autres types de lymphomes B ou T dépourvus de cette translocation. Anomalies géniques/moléculaires Il existe dans pratiquement tous les cas un réarrangement des gènes codant pour les chaînes lourdes et légères des Ig mais on observe de nombreuses hypermutations somatiques. De ce fait, la recherche par PCR d’une population clonale peut être négative (10 à 40 % des cas). La translocation t(14;18)(q32;q21), qui est l’anomalie génétique caractéristique des lymphomes folliculaires, a été l’une des premières à être identifiée. Cette translocation conduit à l’activation de l’oncogène BCL2, due à sa juxtaposition avec le gène codant pour la chaîne lourde des Ig IgH. La translocation t(14;18) est observée dans plus de 90 % des cas de lymphomes folliculaires. Cependant, plusieurs points de cassure sont possibles (MBR, MCR) et la proportion de cas positifs dépend de la technique utilisée. Le FISH semble être la méthode la plus sensible et la plus spécifique. Pendant la translocation, la terminal déoxynucléotidyl transférase (TDT) ajoute au hasard des nucléotides qui sont responsables d’une séquence désignée région N qui est insérée entre les deux points de cassure. Il est possible d’amplifier cette séquence, qui est en quelque sorte « l’empreinte digitale moléculaire » de chaque lymphome folliculaire, par PCR. Le séquençage du produit de PCR permet de construire un oligonucléotide spécifique de cette séquence jonctionnelle. Cette sonde clonospécifique permet de s’affranchir du problème des cellules normales porteuses de la translocation t(14;18) que l’on peut détecter chez les sujets sains. On peut ainsi détecter la maladie résiduelle après traitement et suivre l’évolution des patients traités. Il faut savoir qu’un réarrangement BCL2/IgH est trouvé dans le sang périphérique dans 25 à 75 % des donneurs sains et dans des ganglions réactionnels si une technique suffisamment sensible est utilisée. La fréquence des cellules porteuses de la translocation t(14;18), et donc d’un réarrangement BCL2/IgH, augmente avec l’âge. Les résultats récemment rapportés par Agopian et al. suggèrent que la translocation t(14;18) pourrait être favorisée par des génotoxiques dans l’environnement au premier rang desquels les pesticides. L’utilisation des pesticides en agriculture a été régulièrement associée aux risques de lymphomes non hodgkiniens. Bull Cancer vol. 97

• N° 11 • novembre 2010

Il manquait cependant l’identification de biomarqueurs. Ces auteurs ont montré une relation directe entre l’utilisation des pesticides, la présence de la translocation t(14;18) dans le sang et l’expansion d’un clone B t(14;18), étape indispensable à la progression maligne. Pour cela, ils ont suivi l’évolution clonale de la translocation t(14;18) sur une période de neuf ans dans une cohorte d’agriculteurs exposés aux pesticides et ont pris comme référence des individus non exposés recrutés dans la même zone géographique (groupe témoin). Ils ont montré que ces sujets avaient une fréquence élevée de cellules B porteuses de la translocation t(14;18) dans le sang, car elles subissaient une expansion clonale. L’expansion de ces clones t(14;18) positifs récapitule les caractéristiques majeures du développement des lymphomes folliculaires avec notamment une activité aberrante de l’AID (activationinduced cytidine deaminase) dont l’activité diminue pour disparaître dans les centres germinatifs (d’où dérivent les lymphomes folliculaires) alors qu’elle persiste dans les lymphomes. Globalement, ces résultats montrent que l’expansion de clones t(14;18)+ constitue une étape clé dans les divers stades du développement des lymphomes B et fournit la connexion biologique entre exposition aux pesticides, fréquence de la translocation t(14;18) chez ces individus et la progression clonale. L’activité de l’AID qui joue un rôle dans les mutations somatiques et les cassures double-brins de l’ADN au cours de la commutation isotypique favoriserait l’instabilité génétique et l’acquisition d’aberrations oncogéniques. De plus, ils ont montré que les patients porteurs de lymphomes folliculaires et les individus sains, mais porteurs de cellules t(14;18)+, transcrivaient activement BCL2 à partir de l’allèle transloqué, permettant à ces cellules d’échapper à l’apoptose. Ils n’ont cependant pas déterminé quels étaient les patients qui allaient réellement développer un lymphome folliculaire dans les années à venir et ils recherchent donc de nouveaux marqueurs biologiques permettant d’identifier les sujets à haut risque de transformation. Ces résultats sont en accord avec ceux de Chiu et al. qui montrent que les individus exposés aux pesticides présentent un risque élevé de lymphomes associés à la t(14;18). Le rôle potentiel des pesticides dans la lymphomagenèse est à rapprocher de celui rapporté par Landgren et al. dans l’apparition des MGUS (monoclonal gammopathy of undetermined significance) et leur évolution possible vers un myélome.

1353

G. Delsol

Autres anomalies

Aspects morphologiques

D’autres anomalies ont été décrites dans les lymphomes folliculaires notamment un réarrangement du gène BCL6 dans 5 à 15 % des cas, mais surtout dans les formes associées à des zones de lymphomes B diffus à grandes cellules. Dans 20-30 % des cas, les patients porteurs de lymphomes folliculaires vont progresser vers un lymphome de haut degré de malignité le plus souvent de type lymphome B diffus à grandes cellules et plus rarement ressemblant à un lymphome de type Burkitt. La transformation en un lymphome B diffus à grandes cellules s’accompagne d’anomalies génétiques variables incluant l’activation de TP53, p16ink4a, et surtout de l’activation de c-Myc. Récemment, il a été montré qu’un lymphome folliculaire pouvait se transformer en un sarcome histiocytaire ou dendritique avec présence dans les cellules tumorales d’un réarrangement de BCL2 et IgH. Ce phénomène pourrait être dû à une dédifférenciation des cellules B en rapport avec une perte de l’activité de PAX5.

Ces lymphomes sont constitués de cellules de petite taille, mais de morphologie variable, qui infiltrent les structures glandulaires (lésions lymphoépithéliales).

Pronostic Il dépend de l’extension de la maladie, de l’IPI et du grade. Il faut cependant savoir que les très rares cas avec les deux translocations t(14;18) et t(8;14) ont un très mauvais pronostic. Des études récentes utilisant des DNA microarrays suggèrent que le microenvironnement incluant les lymphocytes T, les cellules folliculaires dendritiques et les macrophages jouent un rôle déterminant dans le comportement clinique des lymphomes folliculaires. Cependant, aucun marqueur, autre qu’histologique et la fraction de prolifération, ne peut, actuellement, être utilisé pour prédire l’évolution clinique et la réponse au traitement des lymphomes folliculaires (OMS).

Lymphomes du MALT : un exemple de dérégulation des gènes MALT et BCL10 Données générales Le concept de lymphome de type MALT a été initialement proposé par Isaacson et Wright en 1983. Ces lymphomes représentent 7 à 8 % des lymphomes B et jusqu’à 50 % des lymphomes gastriques. Il existe une légère prédominance chez les femmes. La localisation la plus fréquente est gastrique, mais d’autres localisations sont possibles (glandes salivaires, lacrymales, peau, poumons, thyroïde, sein).

1354

Immunophénotype Les cellules lymphomateuses sont de phénotype B, IgM+, CD20+, CD79a+, mais CD5–, CD10–, CD43–/+. Anomalies géniques/moléculaires Les gènes codant pour la chaîne lourde et la chaîne légère des Ig sont réarrangés et présentent des mutations somatiques de la région variable suggérant une origine postcentre germinatif (zone marginale)/cellules B mémoires de ces lymphomes. Ces dernières années, il est apparu que les lymphomes de type MALT sont fréquemment associés à des anomalies chromosomiques de type translocations. Parmi les plus fréquentes on peut citer : t(11;18)(q21;q21)(API2-MALT1 [mucosaassociated-lymphoïd-tissue-lymphoma-translocationgene1]), t(1;14)(IgH-BCL10), t(14;18)(q32;q21)(IgHMALT1) et t(3;14)(p14.1;q32)(IgH-FOXP1). Des trisomies 3 ou 18 sont aussi observées. La fréquence de ces diverses translocations et trisomies varie de façon importante en fonction de la localisation. Ainsi, les lymphomes MALT gastriques et pulmonaires s’accompagnent plus souvent de la translocation t(11;18) alors que les localisations oculaires ou salivaires sont plus souvent associées à la translocation t(14;18) et les lymphomes MALT de la thyroïde, de l’orbite et de la peau volontiers associés à la translocation t(3;14). Ces translocations s’accompagnent d’une production anormale d’une protéine chimérique (API2-MALT1) ou de la dérégulation d’un facteur de transcription (BCL10, MALT1, FOXP1. MALT1, qui contient dans sa partie C-terminale un domaine caspase-like, joue un rôle essentiel dans l’activation du facteur nucléaire NF-κB. BCL10 est une protéine essentielle pour le développement et la fonction des lymphocytes B et T matures, également impliquée dans la voie de signalisation NF-κB. Ainsi, ces deux protéines sont impliquées dans la transduction du signal à partir du récepteur pour l’antigène des lymphocytes B entraînant une activation de la voie NF-κB. De plus, MALT1 et BCL10 sont indispensables à la génération des lymphocytes de la zone marginale. MALT1 va interagir avec plusieurs partenaires, le mieux caractérisé est BCL10 qui s’associe directement et constitutivement à MALT1 pour activer le complexe IKK qui phosphoryle IκB qui va être dégradé dans le protéasome. Cela libère Bull Cancer vol. 97

• N° 11 • novembre 2010

Les anomalies moléculaires dans les lymphomes

NF-κB qui va être transloqué dans le noyau où il va activer la transcription de plusieurs gènes. FOXP1 (forkhead transcription factor) est un membre de la famille FOXP. Il y a actuellement peu d’informations sur la façon dont les membres de cette famille affectent la régulation des gènes. Quelques lymphomes de type MALT présentent un réarrangement 3q27 qui implique BCL6. Rôle de certaines infections bactériennes Dans plusieurs cas de lymphomes de type MALT, il y a une histoire d’inflammation chronique d’origine auto-immune (syndrome de Sjögren ou thyroïdite d’Hashimoto) ou infectieuse. Ainsi, les lymphomes MALT gastriques sont fréquemment associés à une infection par Helicobacter pylori qui va activer des cellules T. L’importance de cette stimulation in vivo a été démontrée par l’induction de rémission après traitement antibiotique de l’infection à H. pylori. Pour d’autres localisations, d’autres agents pathogènes ont été suggérés tels que Chlamydia psittaci, pour les lymphomes MALT oculaires, Campylobacter jejunii pour ceux du tube digestif (IPSID) et Borrelia burgdorferi pour les lymphomes MALT cutanés. Pronostic Les lymphomes de type MALT ont habituellement une évolution lente, mais les récidives sont fréquentes et touchent d’autres sites extraganglionnaires. Ces tumeurs peuvent être traitées par chirurgie, chimiothérapie ou radiothérapie. Des rémissions prolongées peuvent être obtenues dans les lymphomes gastriques associés à H. pylori grâce à un traitement antibiotique spécifique. Cependant, les cas associés à la translocation t(11;18) semblent être résistants à ce traitement. Une transformation en un lymphome B à grandes cellules peut s’observer dans les lymphomes de type MALT.

Lymphomes du manteau : dérégulation de l’expression de la cycline D1, une protéine clé du cycle cellulaire Données générales Ces lymphomes représentent 3 à 10 % de l’ensemble des lymphomes non hodgkiniens et surviennent chez des patients avec un âge médian d’environ 60 ans. Les patients porteurs d’un lymphome du manteau se présentent avec des adénopathies, souvent avec une atteinte splénique et du tissu hématopoïétique Bull Cancer vol. 97

• N° 11 • novembre 2010

parfois associé à la présence de cellules anormales dans le sang. Le tractus gastro-intestinal est une localisation fréquente avec un tableau de polypose lymphomateuse. Aspects morphologiques Ces lymphomes, développés à partir de la couronne de lymphocytes B autour du centre germinatif ( i.e. zone du manteau), sont en général constitués de cellules de taille petite ou moyenne à noyaux irréguliers et encochés. Les formes dites blastoïdes sont plus rares, mais plus agressives. Immunophénotype Les cellules lymphomateuses sont de phénotype B (CD20 et CD79a) positives pour les marqueurs CD5 et CD43, mais négatives pour les molécules CD10, BCL6 et CD23. L’élément clé du diagnostic est l’expression de la cycline D1 (CCND1) [cf. infra]. Anomalies géniques/moléculaires Les gènes codant pour la chaîne lourde et la chaîne légère des Ig sont réarrangés et dans 15 à 40 % des cas il existe des mutations somatiques. Les anomalies cytogénétiques les plus caractéristiques sont représentées par la translocation t(11;14)(q13;q32) entre le gène IgH et le gène de la CCND1 dont l’expression est dérégulée. Cette translocation, retrouvée dans presque tous les lymphomes de ce type, peut être mise en évidence par PCR et surtout par FISH. Elle provoque une surexpression du gène de la CCND1 qui catalyse l’activité des kinases cycline-dépendantes Cdk4 et Cdk6. Quelques cas de lymphomes du manteau sont CCND1–. Ces cas peuvent avoir une surexpression de cyclines D2 ou D3. Les lymphomes du manteau peuvent présenter d’autres anomalies chromosomiques secondaires telles que des gains de 3q26 et 8q24 ou des pertes 11q22-q23. Il peut également s’y associer une translocation t(8;14)(q24;32) impliquant Myc (évolution clinique très agressive). Conséquences de la surexpression de la cycline D1 La plupart des cellules quittent le cycle en G1 pour se mettre au repos en phase G0. La progression du cycle cellulaire de la phase G1 à la mitose est contrôlée par l’action coordonnée des cyclines (incluant D1), de protéines kinases dépendantes de cyclines (CDK) et de protéines inhibitrices de la famille Cip/Kip (p21, p27) et Ink4/Arf (p14, p15, p16, p18, p19). L’association et l’activité des complexes CDK/cyclines vont permettre

1355

G. Delsol

le franchissement des étapes du cycle cellulaire, notamment l’entrée en phase S et la mitose (phase M). Lorsque les cellules sont poussées à se diviser (facteurs de croissance) la CCND1 apparaît. Son taux élevé dans les lymphomes du manteau va pousser les cellules à franchir en permanence le point de restriction en association avec CDK4 et CDK6. La sortie de G0 s’accompagne de la transcription de gènes de réponse précoce c-Fos et c-Jun dont les protéines vont induire la transcription, et de gènes de réponse tardive dont certains codent pour d’autres facteurs de transcription comme E2F, les cyclines de type D et CDK2 et 4. Normalement, l’activité de E2F est inhibée par son association à la protéine RB (produit du gène suppresseur de tumeur RB). Le complexe cycline D/CDK4/6 favorise la phosphorylation de la protéine associée au rétinoblastome pRB qui libère E2F qui peut alors activer la transcription de gènes codant les protéines indispensables à la phase S. Des altérations oncogéniques ont été trouvées dans plusieurs gènes impliqués dans la réponse aux dommages de l’ADN et dans la régulation du cycle cellulaire. Dans les cellules normales, le gène TP53 est un facteur de transcription qui bloque les cellules en G1 et conduit à une augmentation de l’inhibiteur p21 avec arrêt du cycle cellulaire ou apoptose. TP53 est fréquemment muté dans ce type de lymphomes. De plus, le gène ATM, muté dans 40 à 75 % des lymphomes du manteau, est nécessaire pour l’activation de p53 après un dommage cellulaire. Ces mutations vont permettre la poursuite du cycle et favoriser la prolifération des cellules lymphomateuses. Pronostic Les lymphomes du manteau ont une survie médiane de trois à cinq ans, mais la majorité de ces patients ne peut être guérie. L’intérêt de nouveaux traitements demande à être confirmé. Actuellement, les critères de mauvais pronostic sont un index mitotique élevé et une forte proportion de cellules en cycle marquées par l’anticorps Ki-67 (supérieur à 40 %). Cet impact pronostique est confirmé par la signature moléculaire de « type prolifératif » révélée par l’analyse du transcriptome. Les formes blastoïdes ont également un mauvais pronostic. Des gains dans le chromosome 3q et des délétions du chromosome 9q sont également associés à un mauvais pronostic indépendant de l’index de prolifération.

1356

Lymphome de Burkitt : rôle critique de c-Myc Données générales Ce lymphome représente 1 à 2 % des lymphomes de l’adulte, mais 30 à 50 % des lymphomes de l’enfant. Il existe trois variantes de lymphomes de Burkitt : – le lymphome de Burkitt endémique qui survient en Afrique équatoriale qui est la tumeur la plus fréquente chez l’enfant ; – la forme sporadique qui s’observe dans toutes les régions du monde, qui touche l’enfant et l’adulte jeune, et qui représente 1 à 2 % des lymphomes ; – et le lymphome de Burkitt associé à l’infection VIH. Les localisations extraganglionnaires sont fréquentes et certains patients se présentent avec une leucémie aiguë. Le virus EB est détecté dans environ 30 % des cas de lymphomes de Burkitt sporadiques et dans seulement 25 à 40 % des cas de lymphomes de Burkitt associés à une infection VIH (cf. infra). Aspects morphologiques Ce lymphome est composé de cellules monomorphes de taille moyenne. De nombreuses cellules en apoptose sont observées et leurs noyaux qui sont phagocytés par les macrophages donnent à la tumeur un aspect dit en « ciel étoilé ». Immunophénotype Ces tumeurs présentent des Ig de surface (IgM) de type lambda ou kappa en fonction du partenaire de c-Myc. Elles expriment plusieurs antigènes B (CD19, CD20, CD22, CD79a) associés à CD10. Elles sont négatives pour la protéine BCL2. Il s’agit d’un lymphome dont les cellules ont un temps de doublement extrêmement court, ce qui explique que l’index de prolifération, observé après immunomarquage par l’anticorps Ki-67 soit toujours supérieur à 90 % (intérêt dans le diagnostic). Anomalies géniques/moléculaires L’une des premières anomalies génétiques associées au cancer a été l’oncogène c-Myc dans le lymphome de Burkitt. La plupart des cas ont une translocation du gène c-Myc en 8q24 avec les gènes de la chaîne lourde des Ig IgH en 14q32 ou moins fréquemment avec le gène lambda 22q11 ou kappa 2p12. Cette translocation modifie le contrôle de l’expression de c-Myc qui va être constitutionnellement exprimé pendant toute la durée du cycle cellulaire. Environ 10 % des cas n’ont pas de translocation de c-Myc détectable par FISH. Bull Cancer vol. 97

• N° 11 • novembre 2010

Les anomalies moléculaires dans les lymphomes

Bien que la translocation impliquant c-Myc soit très caractéristique du lymphome de Burkitt, elle peut être retrouvée dans d’autres lymphomes B (y compris le myélome) ou T (c-Myc est transloqué avec l’un des récepteurs des cellules T dans certaines leucémies aiguës) et tumeurs non lymphoïdes. Cette translocation peut s’associer à la translocation t(14;18) dans les transformations des lymphomes folliculaires. D’autres anomalies génétiques et épigénétiques sont possibles impliquant p16INK4a, p53 et BCL6 et elles peuvent participer à la croissance cellulaire et à l’inhibition de l’apoptose. Outre les translocations qui touchent c-Myc, il peut exister des mutations, voire des hypermutations somatiques, qui sont la caractéristique des cellules B des centres germinatifs. Le produit du gène Myc est un facteur de transcription (membre de la famille des fermetures éclair à leucines et de la classe des protéines hélice-boucle-hélice). Le gène c-Myc est régulé par des mécanismes complexes au niveau transcriptionnel et posttranscriptionnel. NF-κB est un important facteur de régulation du promoteur de c-Myc dans les cellules B. La fixation à l’ADN de c-Myc nécessite une hétérodimérisation avec Max qui permet la transformation de la forme c-Myc inactive à la forme capable de se fixer à l’ADN pour exercer ses multiples fonctions : cycle cellulaire, apoptose, métabolisme, adhésion cellulaire et différenciation cellulaire : – cycle cellulaire : c-Myc jouerait un rôle dans la transition des cellules de la phase G0 à la phase G1 et dans la traversée du point de restriction G1. c-Myc diminuerait le taux ou l’activité de p27 et p21 par divers mécanismes. En fait, il semble que c-Myc ne soit pas indispensable pour la prolifération cellulaire en soi, mais il est indispensable pour la rapidité avec laquelle les cellules progressent dans les diverses phases du cycle cellulaire. Les souris transgéniques c-Myc/chaîne lourde des Ig (enhancer) développent des lymphomes B ; – apoptose : bien que les détails moléculaires du déclenchement de l’apoptose par c-Myc restent mal élucidés, les études in vitro montrent que la surexpression de c-Myc dans des cellules primaires entraîne un arrêt du cycle ou une apoptose par l’intermédiaire d’une augmentation de p19ARF ou de la fonction de p53 ; – métabolisme : un certain nombre de gènes impliqués dans la synthèse des protéines et donc dans la croissance cellulaire sont activés par c-Myc notamBull Cancer vol. 97

• N° 11 • novembre 2010

ment les gènes impliqués dans la biogenèse des ribosomes. Plusieurs gènes impliqués dans la traduction sont aussi des cibles de c-Myc en particulier les facteurs d’initiation de la traduction eIF2α, eIF4E, le facteur d’élongation EF-2 ; – adhésion et différenciation : il est clairement démontré, dans plusieurs modèles de culture cellulaire, que le programme de différenciation est antagonisé par c-Myc. c-Myc diminue l’expression de LFA-1 (qui participe à l’interaction des lymphocytes) qui est diminué dans le lymphome de Burkitt. De plus, c-Myc diminue le récepteur à l’intégrine α3β1 qui favorise l’adhésion cellulaire. L’étude du profil d’expression utilisant les puces à ADN a montré que la signature moléculaire des lymphomes de Burkitt est différente de celle des lymphomes B diffus à grandes cellules. Cependant, des cas avec une signature moléculaire intermédiaire sont retrouvés dans les lymphomes de Burkitt. Pronostic Le lymphome de Burkitt est très agressif, mais potentiellement curable. Environ 90 % des patients avec des stades peu avancés sont guéris par la chimiothérapie et 60 à 80 % des cas avec un stade plus avancé. Le pronostic est meilleur chez les enfants que chez l’adulte. Les rechutes surviennent habituellement la première année après le diagnostic (OMS 2008).

Anomalies géniques/moléculaires des lymphomes T ou NK Il existe plusieurs lymphomes développés à partir des lymphocytes T ou NK reconnus par la classification de l’OMS. La présentation clinique permet de les classer en trois grands groupes : – localisation ganglionnaire prédominante (lymphomes T périphériques sans spécification ; lymphome angio-immunoblastique et lymphomes anaplasiques à grandes cellules ALK+ ou ALK–) ; – localisations extraganglionnaires prédominantes (lymphomes T/NK de type nasal, lymphome T intestinal ; lymphome hépatosplénique et deux entités rares : les proliférations systémiques EBV+ de l’enfant et le lymphome T de type hydroavacciniforme) ; – les lymphomes T cutanés (mycosis fongoïdes, syndrome de Sézary, lymphome T simulant une panniculite, les proliférations exprimant l’antigène CD30, les lymphomes épidermotropes agressifs à cellules CD8

1357

G. Delsol

cytotoxiques, les lymphomes T gamma/delta et les lymphomes T CD4+). Seuls seront discutés trois lymphomes soit du fait de leur fréquence (e.g. lymphomes T périphériques sans spécification), soit du fait d’anomalies moléculaires caractéristiques (e.g. lymphome angio-immunoblastique et lymphomes anaplasiques à grandes cellules).

Lymphomes T périphériques sans spécification : des proliférations hétérogènes avec de rares anomalies moléculaires bien caractérisées Données générales Les lymphomes T périphériques constituent un groupe très hétérogène de lymphomes développés à partir des lymphocytes T périphériques matures. La plupart des patients se présentent avec un stade avancé et des symptômes B. La majorité des patients présentent des adénopathies périphériques, mais tous les sites peuvent être atteints, des localisations extraganglionnaires s’observent dans 60 % des cas. Aspects morphologiques L’aspect cytologique est extrêmement polymorphe allant de proliférations monomorphes jusqu’à des lymphomes d’aspect très polymorphe simulant un lymphome de Hodgkin. Quelques tumeurs peuvent comporter des agrégats de cellules histiocytaires épithélioïdes. Immunophénotype Ces tumeurs expriment plusieurs antigènes T (CD2, CD3, CD5, CD7), mais il n’est pas rare qu’un ou plusieurs antigènes T soient absents (trou phénotypique). Le phénotype CD4 est plus fréquent que CD8 ; quelques cas sont CD4–, CD8– ou à l’inverse doublepositifs. L’expression de l’antigène CD52 est retrouvée dans seulement 50 % des cas. De ce fait, une évaluation immunohistochimique de chaque tumeur est indispensable avant d’envisager un traitement ciblant cette molécule par alemtuzumab (Campath). Anomalies géniques/moléculaires Un réarrangement clonal des gènes du TCR est habituellement retrouvé, mais il n’est pas constant. Les anomalies géniques, détectées en cytogénétique conventionnelle et en CGH arrays sont fréquentes, mais aucune translocation récurrente n’a jusqu’ici été décrite hormis la translocation t(5;9) responsable de l’expression de la tyrosine-kinase de fusion oncogénique ITK-SYK.

1358

L’étude de la signature moléculaire par Piccaluga et al. a montré que ces tumeurs étaient différentes des autres types de lymphomes T. Deux types d’analyses supervisées ont été effectués avec deux objectifs : – identifier des gènes différentiellement exprimés en fonction de deux groupes, ceux exprimant HLA-DR, c’est-à-dire développés à partir des cellules T activées, et un groupe négatif pour ce marqueur ; – comparer le profil transcriptionnel des tumeurs CD4+ par rapport aux cas CD8+. Le transcriptome des sous populations de lymphocytes T purifiés CD4+ et CD8+ au repos (HLA-DR–) et activés (HLA-DR+) a servi de référence. Les résultats de cette étude montrent que les profils transcriptionnels des lymphomes T périphériques sans spécification correspondent à ceux des lymphocytes CD4 ou CD8 activés. Plusieurs gènes sont dérégulés si on compare leur niveau d’expression aux cellules T normales. Went et al. distinguent cinq groupes fonctionnels de gènes, ceux qui interviennent dans l’adhésion (e.g. LAMB1 et COL1A2 qui font aussi partie de la « signature métastatique » pour les tumeurs solides), l’apoptose (e.g. MOAP1 qui a un domaine d’interaction avec BAX, et ING3 qui inhibe la croissance cellulaire et induit l’apoptose), la prolifération, la transcription et la traduction du signal. Parmi les gènes susceptibles d’avoir des implications thérapeutiques, on peut souligner le PDGFRA (platelet-derived growth factor receptor) à activité tyrosine-kinase, qui pourrait être impliqué dans la transformation néoplasique et qui est inhibé par l’imatinib, et CYR61 (cysteine-rich 61) qui pourrait participer à la résistance aux chimiothérapies. Pronostic Ces lymphomes restent de mauvais pronostic avec une survie globale à cinq ans de l’ordre de 30 %. L’un des paramètres pronostiques les plus importants est le pourcentage de cellules en cycle marquées par l’anticorps KI-67 (Went et al. JCO 2006).

Lymphome T angio-immunoblastique : des anomalies moléculaires impliquant les cellules TFH Données générales Il représente 2 % des lymphomes en général et 15 % des lymphomes T périphériques. Ce lymphome touche surtout le sujet âgé. Les patients se présentent avec une Bull Cancer vol. 97

• N° 11 • novembre 2010

Les anomalies moléculaires dans les lymphomes

altération de l’état général, un stade avancé avec adénopathies généralisées et hépatosplénomégalie. Les rashs cutanés sont fréquents. On observe fréquemment une hypergamma globulinémie polyclonale, une anémie hémolytique avec un test de Coombs positif et divers autoanticorps. Ce lymphome se caractérise par une angiogenèse d’où son nom. Aspects morphologiques Dans ces lymphomes, la composante néoplasique est mélangée et parfois masquée par des modifications complexes comportant une prolifération vasculaire, des cellules histiocytaires épithélioïdes, des plasmocytes, des éosinophiles et des follicules lymphoïdes déshabités, uniquement constitués de réseaux de cellules folliculaires dendritiques. Les cellules lymphomateuses sont de morphologie variable, d’allure immunoblastique et à cytoplasme clair et avec des noyaux plus ou moins irréguliers. Immunophénotype La population prédominante est constituée de cellules de phénotype T (CD2+, CD5+, CD3+) habituellement CD4+. L’étude immunohistochimique révèle des réseaux hyperplasiques de cellules folliculaires dendritiques (CD21+) qui sont un des critères diagnostiques de ce type de tumeurs. Quelques immunoblastes B (CD20+) [infectés de façon latente par le virus EB] ponctuent également la prolifération. Une autre caractéristique des lymphomes T angio-immunoblastiques est l’expression de la molécule CD10 par les cellules T. Ces cellules sont positives pour l’anticorps PD-1 (un membre de la famille des récepteurs CD28) qui reconnaît des lymphocytes T folliculaires (cf. infra). Anomalies géniques/moléculaires Un réarrangement clonal des gènes du TCR a été rapporté dans 75 % des cas et un réarrangement des gènes des chaînes lourdes des Ig dans 25 % des cas. Des anomalies chromosomiques (trisomie 3 et/ou 5) ont été rapportées dans quelques cas. Des travaux récents ont permis d’affiner les connaissances sur l’origine de ces lymphomes. Une analyse transcriptomique montre que les cellules lymphomateuses sont des T CD4+ folliculaires (TFH), qui expriment plusieurs marqueurs distinctifs dont CD10, CXCL13, PD-1, CXCR5. La chimiokine CXCL13 joue un rôle critique dans la migration des cellules B dans le centre germiBull Cancer vol. 97

• N° 11 • novembre 2010

natif. Il est possible que des altérations moléculaires touchant les cellules TFH interviennent dans le développement des lymphomes T angio-immunoblastiques. Pronostic Ces lymphomes sont agressifs avec une survie médiane de moins de trois ans. Les patients décèdent de complications infectieuses, ce qui rend difficile l’administration de chimiothérapies. Globalement, d’après une étude du GELA, la survie à cinq ans serait de 30 % avec un plateau.

Lymphomes anaplasiques à grandes cellules de phénotype T/NUL : un exemple de lymphome T exprimant une tyrosine-kinase (ALK) oncogène Données générales Autrefois appelés « histiocytoses malignes », les lymphomes anaplasiques à grandes cellules ont été décrits pour la première fois en 1985. L’arrivée des anticorps monoclonaux et des techniques immunohistochimiques a été décisive dans l’identification de ces tumeurs avec, notamment, la production de l’anticorps Ki-1/CD30 qui a montré que ces tumeurs dérivaient de cellules lymphoïdes T activées. La classification OMS 2008 distingue deux grands types de lymphomes anaplasiques : ceux positifs pour la tyrosine-kinase ALK, qui seront seuls discutés ici, et les tumeurs ALK– pour lesquelles aucun marqueur moléculaire n’est actuellement identifié. Les lymphomes anaplasiques ALK+ constituent aujourd’hui une entité clinicopathologique à part entière, distincte des autres lymphomes non hodgkiniens et hodgkiniens, en raison de leurs caractéristiques morphologiques, phénotypiques, cytogénétiques et moléculaires particulières. Nous avons maintenant réuni environ 500 cas de lymphomes anaplasiques à grandes cellules (patients inclus dans des études multicentriques de la SFCE et du GELA). La majorité de ces tumeurs s’observe avant 40 ans avec un pic de fréquence entre 10 et 20 ans. Les patients se présentent avec des adénopathies superficielles et profondes et fréquemment des localisations cutanées (30 % des cas). La survie des lymphomes anaplasiques ALK+ de l’ordre de 80 % à cinq ans contre moins de 50 % à cinq ans pour les lymphomes ALK–.

1359

G. Delsol

Aspects morphologiques La classification de l’OMS reconnaît cinq variantes morphologiques de lymphomes anaplasiques à grandes cellules ALK+. Elles ont toutes en commun de présenter des cellules particulières, de grande taille, à noyau excentré, qualifiées de hallmark cells. Immunophénotype Les lymphomes anaplasiques à grandes cellules sont en majorité de phénotype T (85 % des cas), mais seulement un tiers de ces tumeurs sont positives pour l’antigène CD3 et il n’y a aucun marqueur T dans 15 % des cas (phénotype nul, mais génotype T). Par définition, tous ces lymphomes sont positifs pour l’antigène CD30 qui est une molécule transmembranaire de 120 kDa, membre de la superfamille des récepteurs au TNF. Curieusement, les cellules lymphomateuses sont positives pour l’antigène épithélial EMA/CD227 (epithelial membrane antigen) qui fait partie des membres de la famille MUC1. La forte expression du récepteur pour l’IL2 confirme qu’il s’agit de cellules T activées. Par ailleurs, ces tumeurs sont positives pour les protéines associées aux granules cytotoxiques comme la perforine et le granzyme B. En fait, le marqueur le plus important est la protéine de fusion ALK détectée par immunohistochimie. La distribution subcellulaire du marquage dépend du partenaire du gène ALK (cf. infra). Anomalies génétiques/moléculaires L’association de ces tumeurs à la translocation t(2;5) (p23:q35) a été une étape cruciale dans la connaissance des mécanismes de l’oncogenèse associée à ces tumeurs. Un fragment du chromosome 2 est transloqué sur le chromosome 5. Or, sur ce fragment du chromosome 2 se trouve le gène codant pour le domaine tyrosine-kinase de la protéine ALK. Le gène ALK transloqué sur le chromosome 5 va se trouver placé sous le contrôle du promoteur de la nucléophosmine (NPM) [phosphoprotéine nucléolaire] qui est constitutionnellement exprimée d’où l’expression du gène ALK, normalement silencieux dans les cellules lymphoïdes. C’est en 1994 qu’a été clonée cette translocation. Les points de cassure se font au niveau d’un intron. Le gène hybride est transcrit en messager hybride, qui peut être détecté par RT-PCR qui, à son tour, va être traduit en protéine hybride et cette protéine de fusion peut être détectée par immunohistochimie avec l’anticorps ALK1. La protéine ALK est un récepteur transmembranaire, avec un domaine

1360

cytoplasmique, associé à une activité tyrosine-kinase, et un domaine aminoterminal extracellulaire. Ce récepteur fait partie de la superfamille des récepteurs de l’insuline. Il existe deux formes de la protéine ALK dans les tissus humains. Le récepteur ALK de pleine taille est très faiblement exprimé dans quelques cellules nerveuses et dans des tumeurs non lymphoïdes (rhabdomyosarcomes et neuroblastomes). À côté de ce récepteur de pleine taille, la protéine ALK est le plus souvent présente sous une forme hybride qui est la protéine de fusion associée à la translocation t(2;5) et à ses variantes. Cette forme tronquée comprend 40 % de la NPM qui est fusionnée avec la partie cytoplasmique de ALK. Actuellement, 14 variantes de la t(2;5) ont été clonées. Dans ces variantes, le gène codant pour le domaine tyrosine-kinase de ALK est placé sous le contrôle du promoteur d’un gène qui est constitutionnellement exprimé. On peut citer la t(1;2) qui implique le gène de la tropomyosine 3 et la t(2;17) impliquant le gène de la chaîne lourde de la clathrine. Ces translocations sont les plus fréquentes et détectées dans environ 90 % des cas. Dans toutes ces translocations, deux éléments sont importants : – la partie aminoterminale du partenaire de fusion possède un site de dimérisation qui va être responsable de l’homodimérisation de ces diverses protéines ; – selon la translocation, la distribution subcellulaire de la protéine de fusion marquée par l’anticorps anti-ALK est différente : cytoplasmique nucléaire et nucléolaire dans les cas associés à la t(2;5), restreinte au cytoplasme, avec un aspect diffus ou granuleux du marquage dans les autres cas. D’innombrables travaux ont été consacrés aux voies de signalisation allumées par la tyrosine-kinase ALK. Cette protéine hybride va s’homodimériser grâce aux sites de dimérisation localisés sur la partie aminoterminale du partenaire de fusion, ce qui va entraîner l’autophosphorylation de ALK grâce à son domaine tyrosinekinase. Cette autophosphorylation est responsable des propriétés oncogènes de NPM-ALK et va activer en aval diverses voies intervenant directement dans la lymphomagenèse, telle que la voie Stat3/5b, et la prolifération, qui fait notamment intervenir les Src kinases, la PLCγ, alors que la voie de la PI3 kinase va avoir des effets antiapoptotiques. La banque de tumeurs congelées que nous avons constituée nous a permis de déterminer la signature moléculaire de ces tumeurs en utilisant les puces à Bull Cancer vol. 97

• N° 11 • novembre 2010

Les anomalies moléculaires dans les lymphomes

ADN. Les lignées ALK+ clustérisent ensemble avec les tumeurs ALK+ et il en est de même des tumeurs et lignées ALK–. Parmi les 117 gènes, qui sont surexprimés dans les tumeurs ALK+, on trouve des gènes de la voie Wnt, mais surtout quatre gènes CEBP β (qui est un facteur de transcription de la famille leucine zipper), La serpine A1, ou alpha-1-antitrypsine, BCL6 et la phosphatase PTNP12. Tous ces gènes ont été validés par RT-PCR et les trois premiers au niveau protéique par immunohistochimie : dans ce groupe, le gène qui nous a paru le plus intéressant est CEBP β. L’immunohistochimie avec des tissue micro arrays montre clairement que ce gène est surexprimé dans les lymphomes ALK+ (97 % des cas) par rapport aux tumeurs ALK–. Plusieurs études ont depuis montré que ALK pouvait réguler l’expression de CEBP β. Autres tumeurs associées à la tyrosine-kinase ALK La production de l’anticorps anti-ALK a permis l’identification d’autres tumeurs associées à l’oncogène ALK. En dehors des lymphomes anaplasiques, il existe de très rares lymphomes B, quelques exceptionnelles histiocytoses de l’enfant, des tumeurs myofibroblastiques inflammatoires et environ 5 % des cancers du poumon dits non à petites cellules semblent être associés ou liés à l’oncogène ALK (protéine EML4-ALK). Il y a par ailleurs certains rhabdomyosarcomes et neuroblastomes, mais il s’agit de la protéine ALK pleine taille. Souris transgéniques exprimant la protéine de fusion ALK Comme pour d’autres types d’hémopathies, quelques équipes ont essayé d’obtenir des souris transgéniques développant des lymphomes exprimant la protéine ALK. La première lignée transgénique a été obtenue en 2003 par Chiarle et il y a seulement six lignées transgéniques actuellement publiées. Pour essayer d’obtenir de nouvelles souris transgéniques, nous avons utilisé un modèle d’expression conditionnelle du transgène. Dans ce travail, les oncogènes NPMALK ou TPM3-ALK ont été clonés dans un vecteur d’expression bidirectionnel régulé par la tétracycline et l’expression de l’oncogène a été couplée à celle de la luciférase, qui est ainsi utilisée comme traceur de l’expression de l’oncogène. Schématiquement, ce système fait intervenir trois éléments : la protéine tTA, pour tetracycline transactivating protein, un promoteur minimal contrôlé par la séquence Tet-O et la doxycycline qui est un analogue de la tétracycline. En Bull Cancer vol. 97

• N° 11 • novembre 2010

l’absence de tétracycline, il y a expression de l’oncogène et de la luciférase, alors qu’en présence de doxycycline la protéine tTA est piégée et il y a arrêt de l’expression des oncogènes. Ce système permet d’allumer ou d’éteindre l’expression de l’oncogène. Les souris transgéniques exprimant soit NPM-ALK, soit TPM3-ALK développent bien un syndrome lymphoprolifératif splénoganglionnaire ALK+ (associé des lésions cutanées liées à la fuite du transgène). Cependant, comme dans les modèles précédemment publiés, ce lymphome est de phénotype B et ne récapitule donc pas la pathologie humaine (un lymphome T). Comme prévu, l’extinction de l’oncogène par administration de doxycycline à l’eau de boisson s’accompagne d’un retour à la normale avec régression de la rate et des ganglions et disparition de l’expression tissulaire de l’oncogène. Ces résultats confirment que les protéines de fusion ALK sont bien oncogènes. Ce modèle permet d’étudier l’oncogenèse associée à ALK et fournit un excellent modèle préclinique pour l’étude des inhibiteurs spécifiques de la tyrosine-kinase ALK. Inhibiteurs spécifiques de ALK Du fait de l’identification de nouvelles tumeurs associées à l’oncogène ALK, les grands laboratoires pharmaceutiques se sont intéressés à cette nouvelle cible thérapeutique. La liste des inhibiteurs plus ou moins spécifiques de la tyrosine-kinase ALK augmente régulièrement. Novartis et Pfizer ont été les premiers à développer un inhibiteur de ALK. La molécule développée par Pfizer est actuellement en phase 2 et il s’agit d’un inhibiteur de ALK et de MET. Lymphomes et agents infectieux : prédominance du virus EB Plusieurs lymphomes sont associés à des agents infectieux ayant un rôle oncogène soit direct (virus EB, HTLV1), soit indirect comme ceux que nous avons évoqués dans les lymphomes de type MALT (H. pylori, C. psittaci, C. jejunii et B. burgdorferi). Le rôle du virus de l’hépatite C dans la survenue de lymphomes (hépatiques ou ganglionnaires) associés à une cryoglobulinémie reste très discuté. Le virus le plus étroitement associé aux proliférations lymphoïdes est le virus EB. Il est associé à plusieurs types de lymphomes B : environ 50 % des lymphomes de Hodgkin et quelques lymphomes T notamment les T/NK de type nasal. Les anomalies moléculaires qu’il engendre dans les cellules infectées sont variables et dépendent de la

1361

G. Delsol

nature des cellules. Schématiquement, dans les cellules infectées par le virus EB, plusieurs anomalies moléculaires peuvent être détectées. Dans certains cas, les cellules expriment les petits ARN viraux EBER (Epstein-Barr early RNA), les protéines nucléaires EBNA1 et EBNA2 et la protéine membranaire de latence LMP1 dotées de propriétés oncogènes. Selon l’association de ces produits du génome viral, on distingue des latences de type 1, 2 ou 3 : – lymphome de Burkitt (majorité des cas endémiques) : latence 1 : EBER+, LMP1–, EBNA1+, EBNA2+ ; – lymphome de Hodgkin classique (environ 50 %) : latence 2 : EBER+, LMP1+, EBNA1+, EBNA2– ; – lymphome B posttransplantation : latence 3 : EBER+, LMP1+, EBNA1+, EBNA2+ ; – lymphome B diffus à grandes cellules (environ 10 %) : latence 3 : EBER+, LMP1+, EBNA1+, EBNA2+ ; – lymphome B du sujet âgé : latence 3 : EBER+, LMP1+, EBNA1+, EBNA2+ ; – lymphome des sujets VIH+ : latence de type 1 ou 3 ; – lymphome associés à des inflammations chroniques : latence de type 1 ou 3 ; – granulomatose lymphomatoïde : latence de type 1 ou 3 ; – lymphome T/NK de type nasal : latence de type 1, 2 ou 3 ; – lymphoproliférations systémiques de l’enfant : latence de type 2 ou 3 ; – leucémie aiguë agressive à cellules NK : latence de type 1. Dans les lymphomes B diffus à grandes cellules, la détection du virus EB est associée à une évolution défavorable. En dehors des lymphomes mentionnés ci-dessus dans lesquels le virus EB est détecté dans les cellules lymphomateuses, il existe d’autres lymphomes, notamment les lymphomes T angio-immunoblastiques, où le virus est uniquement détecté dans de nombreuses cellules B non tumorales associées à la prolifération néoplasique. La présence de ces cellules B EB+ trahit probablement un déficit immunitaire.

Conclusion Comme dans les autres cancers, des différences ont été mises en évidence entre les divers types de lymphomes par rapport aux cellules lymphoïdes normales dont ils dérivent. Ces différences ont permis de mieux comprendre les mécanismes de la lymphomagenèse. Elles

1362

ont aussi permis de faire des progrès décisifs dans le diagnostic et l’évaluation du pronostic de ces tumeurs, mais la découverte de nouvelles thérapies ciblant les anomalies moléculaires reste un processus lent et difficile. Actuellement, les recherches sur les anomalies moléculaires s’orientent vers des altérations des profils de micro-ARNs et les modifications épigénétiques, mais les quelques travaux publiés dans les lymphomes restent basés sur de petites séries et sont encore controversés.



Conflits d’intérêts : aucun.

Bibliographie Articles généraux Hoos A, Cordon-Cardo C. Tissue microarray profiling of cancer specimens and cell lines: opportunities and limitations. Lab Invest 2001 ; 81 : 1331-8. Swerdlow S, Campo E, Harris NL, et al., eds. WHO classification of tumors of haematopoietic and lymphoid tissues. International Agency for Research on Cancer, 2008, Lyon. Alizadeh AA, Eisen MB, Davis RE, et al. Distinct types of diffuse large B-cell lymphoma identified by gene expression profiling. Nature 2000 ; 403 : 503-11. Cooper GM, Hausman R. The Cell. A molecular Approach. Washington : ASM Press, 2004.

Les anomalies moléculaires des lymphomes B à grandes cellules Lenz G, Wright GW, Emre NC, et al. Molecular subtypes of diffuse large B-cell lymphoma arise by distinct genetic pathways. Proc Natl Acad Sci USA 2008 ; 105 : 13520-5. Lossos IS, Czerwinski DK, Alizadeh AA, et al. Prediction of survival in diffuse large-B-cell lymphoma based on the expression of six genes. N Engl J Med 2004 ; 350 : 1828-37. Rosenwald A, Wright G, Chan WC, et al. The use of molecular profiling to predict survival after chemotherapy for diffuse large-B-cell lymphoma. N Engl J Med 2002 ; 346 : 1937-47. Hans CP, Weisenburger DD, Greiner TC, et al. Confirmation of the molecular classification of diffuse large B-cell lymphoma by immunohistochemistry using a tissue microarray. Blood 2004 ; 103 : 275-82.

Les anomalies moléculaires des lymphomes folliculaires Cleary ML, Galili N, Sklar J. Detection of a second t(14;18) breakpoint cluster region in human follicular lymphomas. J Exp Med 1986 ; 164 : 315-20. Albinger-Hegyi A, Hochreutener B, Abdou MT, et al. High frequency of t(14;18)-translocation breakpoints outside of major breakpoint and minor cluster regions in follicular lymphomas: improved polymerase chain reaction protocols for their detection. Am J Pathol 2002 ; 160 : 823-32. Vaandrager JW, Schuuring E, Raap T, Philippo K, Kleiverda K, Kluin P. Interphase FISH detection of BCL2 rearrangement in follicular lymphoma using breakpoint-flanking probes. Genes Chromosomes Cancer 2000 ; 27 : 85-94. Galoin S, al Saati T, Schlaifer D, Huynh A, Attal M, Delsol G. Oligonucleotide clonospecific probes directed against the junctional sequence of t(14;18): a new tool for the assessment of minimal residual disease in follicular lymphomas. Br J Haematol 1996 ; 94 : 676-84.

Bull Cancer vol. 97

• N° 11 • novembre 2010

Les anomalies moléculaires dans les lymphomes Agopian J, Navarro JM, Gac AC, et al. Agricultural pesticide exposure and the molecular connection to lymphomagenesis. J Exp Med 2009 ; 206 : 1473-83. Landgren O, Kyle RA, Hoppin JA, et al. Pesticide exposure and risk of monoclonal gammopathy of undetermined significance in the Agricultural Health Study. Blood 2009 ; 113 : 6386-91.

Les anomalies moléculaires des lymphomes du Manteau Bea S, Ribas M, Hernandez JM, et al. Increased number of chromosomal imbalances and high-level DNA amplifications in mantle cell lymphoma are associated with blastoid variants. Blood 1999 ; 93 : 4365-74.

Elenitoba-Johnson KS, Gascoyne RD, Lim MS, Chhanabai M, Jaffe ES, Raffeld M. Homozygous deletions at chromosome 9p21 involving p16 and p15 are associated with histologic progression in follicle center lymphoma. Blood 1998 ; 91 : 4677-85.

Camacho E, Hernandez L, Hernandez S, et al. ATM gene inactivation in mantle cell lymphoma mainly occurs by truncating mutations and missense mutations involving the phosphatidyl-inositol-3 kinase domain and is associated with increasing numbers of chromosomal imbalances. Blood 2002 ; 99 : 238-44.

Feldman AL, Arber DA, Pittaluga S, et al. Clonally related follicular lymphomas and histiocytic/dendritic cell sarcomas: evidence for transdifferentiation of the follicular lymphoma clone. Blood 2008 ; 111 : 5433-9.

Schaffner C, Idler I, Stilgenbauer S, Dohner H, Lichter P. Mantle cell lymphoma is characterized by inactivation of the ATM gene. Proc Natl Acad Sci USA 2000 ; 97 : 2773-8.

Dave SS, Wright G, Tan B, et al. Prediction of survival in follicular lymphoma based on molecular features of tumor-infiltrating immune cells. N Engl J Med 2004 ; 351 : 2159-69. Harjunpaa A, Taskinen M, Nykter M, et al. Differential gene expression in non-malignant tumor microenvironment is associated with outcome in follicular lymphoma patients treated with rituximab and CHOP. Br J Haematol 2006 ; 135 : 33-42.

Les anomalies moléculaires des lymphomes du MALT Isaacson P, Wright D. Malignant lymphoma of mucosa-associated lymphoid tissue: a distinctive type of B-cell lymphoma. Cancer 1983 ; 52 : 1410-6. Anonymous. A clinical evaluation of the International Lymphoma Study Group classification of non-Hodgkin’s lymphoma. Blood 1997 ; 89 : 3909-18. Doglioni C, Wotherspoon AC, Moschini A, de Boni M, Isaacson P. High incidence of primary gastric lymphoma in northeastern Italy. Lancet 1992 ; 339 : 834-5. Dierlamm J, Baens M, Wlodarska I, et al. The apoptosis inhibitor gene API2 and a novel 18q gene, MLT, are recurrently rearranged in the t(11;18)(q21;q21) associated with mucosa- associated lymphoid tissue lymphomas. Blood 1999 ; 93 : 3601-9. Ott G, Katzenberger T, Greiner A, et al. The t(11;18)(q21;q21) chromosome translocation is a frequent and specific aberration in low-grade but not high-grade malignant non-Hodgkin’s lymphomas of the mucosa-associated lymphoid tissue (MALT-) type. Cancer Res 1997 ; 57 : 3944-8.

Campo E, Raffeld M, Jaffe E. Mantle-cell lymphoma. Semin Hematol 1999 ; 36 : 115-27. Swerdlow SH, Williams M. From centrocytic to mantle cell lymphoma: a clinicopathologic and molecular review of three decades. Human Pathol 2002 ; 33 : 7-20. Salaverria I, Perez-Galan P, Colomer D, Campo E. Mantle cell lymphoma: from pathology and molecular pathogenesis to new therapeutic perspectives. Haematologica 2006 ; 91 : 11-6. Rosenwald A, Wright G, Wiestner A, et al. The proliferation gene expression signature is a quantitative integrator of oncogenic events that predicts survival in mantle cell lymphoma. Cancer Cell 2003 ; 3 : 185-97. Salaverria I, Zettl A, Bea S, et al. Specific secondary genetic alterations in mantle cell lymphoma provide prognostic information independent of the gene expression-based proliferation signature. J Clin Oncol 2007 ; 25 : 1216-22.

Les anomalies moléculaires du lymphome de Burkitt Harris NL, Horning S. Burkitt’s lymphoma: the message from microarrays. N Engl J Med 2006 ; 354 : 2495-8. Bellan C, De Falco G, Lazzi S, Leoncini L. Pathologic aspects of AIDS malignancies. Oncogene 2003 ; 22 : 6639-45. Croce CM, Nowell P. Molecular basis of human B cell neoplasia. Blood 1985 ; 65 : 1-7. Boxer LM, Dang CV. Translocations involving c-Myc and c-Myc function. Oncogene 2001 ; 20 : 5595-610.

Willis TG, Jadayel DM, Du MQ, et al. BCL10 is involved in t(1;14) (p22;q32) of MALT B cell lymphoma and mutated in multiple tumor types. Cell 1999 ; 96 : 35-45.

Hummel M, Bentink S, Berger H, et al. A biologic definition of Burkitt’s lymphoma from transcriptional and genomic profiling. N Engl J Med 2006 ; 354 : 2419-30.

Thome M. Multifunctional roles for MALT1 in T-cell activation. Nature Rev Immunol 2008 ; 8 : 495-500.

Dave SS, Fu K, Wright GW, et al. Molecular diagnosis of Burkitt’s lymphoma. N Engl J Med 2006 ; 354 : 2431-42.

Farinha P, Gascoyne R. Molecular pathogenesis of mucosaassociated lymphoid tissue lymphoma. J Clin Oncol 2005 ; 23 : 6370-8.

Les anomalies moléculaires des lymphomes T périphériques sans spécification

Lecuit M, Abachin E, Martin A, et al. Immunoproliferative small intestinal disease associated with Campylobacter jejuni. N Engl J Med 2004 ; 350 : 239-48. Cerroni L, Zochling N, Putz B, Kerl H. Infection by Borrelia burgdorferi and cutaneous B-cell lymphoma. J Cutan Pathol 1997 ; 24 : 457-61. Vargas RL, Fallone E, Felgar RE, et al. Is there an association between ocular adnexal lymphoma and infection with Chlamydia psittaci? The University of Rochester experience. Leuk Res 2006 ; 30 : 547-51.

Piccaluga PP, Agostinelli C, Califano A, et al. Gene expression analysis of peripheral T cell lymphoma, unspecified, reveals distinct profiles and new potential therapeutic targets. J Clin Invest 2007 ; 117 : 823-34. Piccaluga PP, Agostinelli C, Righi S, Zinzani PL, Pileri S. Expression of CD52 in peripheral T-cell lymphoma. Haematologica 2007 ; 92 : 566-7. Went P, Agostinelli C, Gallamini A, et al. Marker expression in peripheral T-cell lymphoma: a proposed clinical-pathologic prognostic score. J Clin Oncol 2006 ; 24 : 2472-9.

Wotherspoon AC, Doglioni C, Diss TC, et al. Regression of primary low-grade B-cell gastric lymphoma of mucosa- associated lymphoid tissue type after eradication of Helicobacter pylori. Lancet 1993 ; 342 : 575-7.

Les anomalies moléculaires des lymphomes T angio-immunoblastiques

Liu H, Ruskon-Fourmestraux A, Lavergne-Slove A, et al. Resistance of t(11;18) positive gastric mucosa-associated lymphoid tissue lymphoma to Helicobacter pylori eradication therapy. Lancet 2001 ; 357 : 39-40.

de Leval L, Rickman DS, Thielen C, et al. The gene expression profile of nodal peripheral T-cell lymphoma demonstrates a molecular link between angio-immunoblastic T-cell lymphoma (AITL) and follicular helper T (TFH) cells. Blood 2007 ; 109 : 4952-63.

Bull Cancer vol. 97

• N° 11 • novembre 2010

1363

G. Delsol Les anomalies moléculaires des lymphomes anaplasiques à grandes cellules ALK+

Piva R, Pellegrino E, Inghirami G. Identification and validation of the anaplastic large cell lymphoma signature. Adv Exp Med Biol 2007 ; 604 : 129-36.

Delsol G, Jaffe ES, Falini B, et al. Anaplastic large cell lymphoma (ALCL), ALK-positive. In : Swerdlow SH, Campo E, Harris NL, et al., eds. World Health Organization Classification of Tumors of Haematopoietic and Lymphoid Tissues. Lyon : International Agency for Research on Cancer, 2008.

Piva R, Pellegrino E, Mattioli M, et al. Functional validation of the anaplastic lymphoma kinase signature identifies CEBPB and BCL2A1 as critical target genes. J Clin Invest 2006 ; 116 : 3171-82.

Stein H, Foss HD, Durkop H, et al. CD30(+) anaplastic large cell lymphoma: a review of its histopathologic, genetic, and clinical features. Blood 2000 ; 96 : 3681-95. Delsol G, Gatter KC, Stein H, et al. Human lymphoid cells express epithelial membrane antigen. Implications for diagnosis of human neoplasms. Lancet 1984 ; 2 : 1124-9.

Delsol G, Lamant L, Mariamé B, et al. A new subtype of large B-cell lymphoma expressing the ALK kinase and lacking the 2; 5 translocation. Blood 1997 ; 89 : 1483-90. Gascoyne RD, Lamant L, Martin-Subero JI, et al. ALK-positive diffuse large B-cell lymphoma is associated with Clathrin-ALK rearrangements: report of six cases. Blood 2003 ; 102 : 2568-73.

Mason DY, Bastard C, Rimokh R, et al. CD30-positive large cell lymphomas (Ki-1 lymphoma) are associated with a chromosomal translocation involving 5q35. Br J Haematol 1990 ; 74 : 161-8.

Cook JR, Dehner LP, Collins MH, et al. Anaplastic lymphoma kinase (ALK) expression in the inflammatory myofibroblastic tumor: a comparative immunohistochemical study. Am J Surg Pathol 2001 ; 25 : 1364-71.

Morris SW, Kirstein MN, Valentine MB, et al. Fusion of a kinase gene, ALK, to a nucleolar protein gene, NPM, in non-Hodgkin’s lymphoma. Science 1994 ; 263 : 1281-4.

Bridge JA, Kanamori M, Ma Z, et al. Fusion of the ALK gene to the clathrin heavy chain gene, CLTC, in inflammatory myofibroblastic tumor. Am J Pathol 2001 ; 159 : 411-5.

Lamant L, Dastugue N, Pulford K, Delsol G, Mariame B. A new fusion gene TPM3-ALK in anaplastic large cell lymphoma created by a (1;2)(q25;p23) translocation. Blood 1999 ; 93 : 3088-95.

Lamant L, Pulford K, Bischof D, et al. Expression of the ALK tyrosine-kinase gene in neuroblastoma. Am J Pathol 2000 ; 156 : 1711-21.

Mason DY, Pulford KA, Bischof D, et al. Nucleolar localization of the nucleophosmin-anaplastic lymphoma kinase is not required for malignant transformation. Cancer Res 1998 ; 58 : 1057-62.

Soda M, Choi YL, Enomoto M, et al. Identification of the transforming EML4-ALK fusion gene in non-small-cell lung cancer. Nature 2007 ; 448 : 561-6.

Lamant L, Gascoyne RD, Duplantier MM, et al. Non-muscle myosin heavy chain (MYH9): a new partner fused to ALK in anaplastic large cell lymphoma. Genes Chromosomes Cancer 2003 ; 37 : 427-32.

Jager R, Hahne J, Jacob A, et al. Mice transgenic for NPM-ALK develop non-Hodgkin lymphomas. Anticancer Res 2005 ; 25 : 3191-6.

Touriol C, Greenland C, Lamant L, et al. Further demonstration of the diversity of chromosomal changes involving 2p23 in ALKpositive lymphoma: two cases expressing ALK kinase fused to CLTCL (clathrin chain polypeptide-like). Blood 2000 ; 95 : 3204-7.

Turner SD, Tooze R, Maclennan K, Alexander DR. Vav-promoter regulated oncogenic fusion protein NPM-ALK in transgenic mice causes B-cell lymphomas with hyperactive Jun kinase. Oncogene 2003 ; 22 : 7750-61.

Pulford K, Lamant L, Espinos E, Jiang Q, Xue L, Turturro F, et al. The emerging normal and disease-related roles of anaplastic lymphoma kinase. Cell Mol Life Sci 2004 ; 61: 2939-53.

Giuriato S, Faumont N, Bousquet E, et al. Development of a conditional bioluminescent transplant model for TPM3-ALK-induced tumorigenesis as a tool to validate ALK-dependent cancer targeted therapy. Cancer Biol Ther 2007 ; 6 : 1318-23.

Chiarle R, Voena C, Ambrogio C, Piva R, Inghirami G. The anaplastic lymphoma kinase in the pathogenesis of cancer. Nat Rev Cancer 2008 ; 8 : 11-23.

Giuriato S, Foisseau M, Dejean E, et al. Conditional TPM3-ALK and NPM-ALK transgenic micedevelop reversible ALK-positive early B cell lymphoma/leukemia. Blood 2010 (sous presse).

Cussac D, Greenland C, Roche S, et al. Nucleophosmin-anaplastic lymphoma kinase of anaplastic large-cell lymphoma recruits, activates, and uses pp60c-src to mediate its mitogenicity. Blood 2004 ; 103 : 1464-71.

Webb TR, Slavish J, George RE, et al. Anaplastic lymphoma kinase: role in cancer pathogenesis and small-molecule inhibitor development for therapy. Expert Rev Anticancer Ther 2009 ; 9 : 331-56.

Lamant L, de Reynies A, Duplantier MM, et al. Gene-expression profiling of systemic anaplastic large-cell lymphoma reveals differences based on ALK status and two distinct morphologic ALK+ subtypes. Blood 2007 ; 109 : 2156-64.

Les anomalies moléculaires des lymphomes associés au virus d’Epstein-Barr

Quintanilla-Martinez L, Pittaluga S, Miething C, et al. NPMALK-dependent expression of the transcription factor CCAAT/ enhancer binding protein beta in ALK-positive anaplastic large cell lymphoma. Blood 2006 ; 108 : 2029-36.

1364

Park S, Lee J, Ko YH, et al. The impact of Epstein-Barr virus status on clinical outcome in diffuse large B-cell lymphoma. Blood 2007 ; 110 : 972-8. Brousset P. Is the Epstein-Barr virus infection relevant in lymphomagenesis? Human pathology 2002 ; 33 : 143-5.

Bull Cancer vol. 97

• N° 11 • novembre 2010