Vingt ans de débats législatifs sur la réglementation du titre de psychothérapeute en France

Vingt ans de débats législatifs sur la réglementation du titre de psychothérapeute en France

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Me´moire

Vingt ans de de´bats le´gislatifs sur la re´glementation du titre de psychothe´rapeute en France Twenty years of legislative debate in France on the regulation of the title ‘‘Psychotherapist’’ Gilbert Coyer EA 4403, unite´ transversale de recherche psychoge´ne`se et psychopathologie, universite´ Paris 13, Sorbonne Paris-Cite´, 99, avenue Jean-Baptiste-Cle´ment, 93430 Villetaneuse, France

I N F O A R T I C L E

R E´ S U M E´

Historique de l’article : Rec¸u le 30 avril 2014 ˆ t 2014 Accepte´ le 14 aou

Les de´bats le´gislatifs qui ont eu lieu en France entre 1993 et 2014 sur la formation et l’exercice des psychothe´rapeutes montrent la difficulte´ de le´gife´rer dans un champ lie´ par nature a` l’engagement dans la pratique et se de´veloppant dans un paysage tre`s diversifie´. Les questions de´battues a` l’Assemble´e nationale et au Se´nat se sont oriente´es autour de cinq poˆles : l’encadrement de la formation aux psychothe´rapies ; le controˆle de leur exercice ; l’habilitation ou non des universite´s a` encadrer ces formations ; la reconnaissance de compe´tences de professionnels non-psychologues, non-psychiatres, non-psychanalystes, se formant en dehors des universite´s ; le controˆle des abus de faiblesse et des mouvances sectaires. Aujourd’hui, l’encadrement le´gal auquel ils ont abouti n’a pas empeˆche´ que se perpe´tuent des pratiques des psychothe´rapies hors re´glementation, que celles-ci soient sectaires ou non sectaires, faites d’abus ou non. Mais une re´flexion a` distance sur ces de´bats inte´gralement publie´s dans les comptes rendus des se´ances de l’Assemble´e nationale et du Se´nat, sur les diffe´rentes propositions de loi, ses amendements, les diffe´rentes versions de ses de´crets d’application et sur les rapports des commissions gouvernementales ou expertises collectives sur lesquels ils se sont appuye´s – rapport de la mission interministe´rielle de lutte contre les sectes (MILS) 2001 ; expertise collective de l’Institut national de la sante´ et de la recherche me´dicale (Inserm) 2004 « psychothe´rapie : trois approches e´value´es » ; commission d’enqueˆte 2013 « de´rives the´rapeutiques et de´rives sectaires : la sante´ en danger » : mission gouvernementale sur la sante´ mentale et l’avenir de la psychiatrie 2013 – montre qu’a` l’inte´rieur des proble´matiques statutaires, institutionnelles et de politique de sante´ publique qui ont e´te´ souleve´es, la question est aussi celle des oppositions structurelles entre les recherches d’objectivation des troubles et leur subjectivation, les conduites de traitement et les rencontres intersubjectives. Ces oppositions sont ve´cues comme des contradictions particulie`rement sensibles en psychiatrie, mais elles la de´passent aussi dans celles plus larges, entre objectivation et subjectivation, intersubjectivite´ et soin, construction clinique et rapport de pouvoir/savoir. Elles appellent, pour pouvoir eˆtre non plus clive´es et oppose´es, mais re´fle´chies et articule´es dans leurs rapports complexes, un questionnement e´thique. A` de´faut, elles pourraient bien soutenir dans l’e´volution actuelle de la psychiatrie, d’une part, des attitudes prescriptives norme´es et de´subjective´es et, d’autre part, des positions empathiques empiriques qui, re´unies a` elles deux – non pas mises en de´bat a` partir de leur opposition, mais additionne´es – caracte´risent justement les dynamiques des de´rives sectaires dont il a e´te´ question lors des premiers de´bats le´gislatifs. ß 2015 Elsevier Masson SAS. Tous droits re´serve´s.

Mots cle´s : Compe´tence professionnelle E´thique Formation Le´gislation Psychothe´rapeute Psychothe´rapie Question de socie´te´ Secte

Adresse e-mail : [email protected] http://dx.doi.org/10.1016/j.amp.2014.08.024 0003-4487/ß 2015 Elsevier Masson SAS. Tous droits re´serve´s.

Pour citer cet article : Coyer G. Vingt ans de de´bats le´gislatifs sur la re´glementation du titre de psychothe´rapeute en France. Ann Med Psychol (Paris) (2015), http://dx.doi.org/10.1016/j.amp.2014.08.024

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A B S T R A C T

Keywords : Ethics Formation Legislation Professional competence Psychotherapist Psychotherapy Sects Social questions Training

The legislative debates that took place in France between 1993 and 2014 on the training and exercise of psychotherapists show the difficulty of legislating in a field linked by its very nature to engagement in practice; a field which is currently developing in France in a highly varied landscape. The questions discussed at the National Assembly and in the Senate were oriented around five poles: supervision of the training of psychotherapists; control of their exercise; recognition of the skills of those professionals who are neither psychologist, psychiatrist, or psychoanalyst, and who train outside universities; control of abuse of weakness; and sect movements. Today, the legal framework that these poles have given rise to has failed to prevent the continuation of psychotherapeutic practices that fall outside the zone of regulation, whether they are sectarian or otherwise, abusive or otherwise. However, when one takes a step back to look at the debates that have been published in their entirety in the collected proceedings of the National Assembly and the Senate, at the various Bills and their amendments, at the different versions of the implementing decrees, and at the reports from the government commissions or collective expert teams that they drew on (the report on the inter-ministerial mission for combating sects from 2001; the collective expert assessment Psychotherapy: Three Approaches Evaluated, by the Institut National de la Sante´ et de la Recherche Me´dicale, INSERM, from 2004; the 2013 inquiry Therapeutic Excesses and Sectarian Excesses: healthcare in danger; and the 2013 government mission on mental health and the future of psychiatry), we can see how, at the heart of the problematics concerning statutes, institutions and public healthcare policy which have been brought to the fore, the question is also that of the structural points of opposition between, on the one hand, research that objectifies disturbances, and, on the other, their subjectification, the treatment that is carried out, and inter-subjective encounters. These oppositions are being experienced in psychiatry as especially sensitive contradictions, but they also exceed these oppositions by encompassing the wider contradictions between objectification and subjectification, between inter-subjectivity and care, and between clinical construction and the knowledge/power relationship. In order no longer to be divided and opposed, but rather thought through and articulated in all their complexity, these oppositions call upon an ethical mode of questioning. In the direction that psychiatry is currently taking, these oppositions run the risk of supporting normative and prescriptive attitudes that are devoid of subjectification and, on the other hand, empirical empathic positions which, when matched together (rather than being debated on the basis of their opposition) characterise precisely those dynamics of sectarian excess that were in question during the first legislative debates. ß 2015 Elsevier Masson SAS. All rights reserved.

1. Historique Les de´bats a` l’Assemble´e nationale sur le titre de psychothe´rapeute et la re´glementation des psychothe´rapies apparaissent pour la premie`re fois durant la neuvie`me le´gislature de la Ve Re´publique (1988-1993, pre´sident de l’Assemble´e nationale M. Laurent Fabius, socialiste), sous la forme d’une question pose´e au gouvernement par M. Jean-Francois Delahais [10], de´pute´ socialiste (PS) de l’Ise`re, inscrite au Journal Officiel de la Re´publique franc¸aise (JORF) le 11 fe´vrier 1991 « sur la situation des psychothe´rapeutes qui travaillent dans des hoˆpitaux psychiatriques et ne posse`dent pas actuellement de statut particulier. Or, cette fonction ne´cessite une formation longue (300 heures par an sur cinq ans) et implique un investissement personnel qui me´ritait d’eˆtre reconnu. En conse´quence, il lui demande si des mesures sont envisage´es pour accorder un statut a` cette profession ». M. Claude E´vin [11] re´pond qu’il n’est pas envisage´ de reconnaissance statutaire passant par une re´glementation du fait de la diversite´ des formations des psychothe´rapeutes la rendant de´licate et du souhait exprime´ par les professionnels de ne pas le faire e´galement pour cette raison (JORF du 6.04.1992). Le de´bat re´apparaıˆt en 1994, durant la 10e le´gislature (19931997, pre´sident de l’Assemble´e M. Philippe Se´guin, Rassemblement pour la Re´publique, RPR), a` propos de la « protection de l’usage des titres de psychanalyste et de psychothe´rapeute qu’a` l’heure actuelle quiconque peut utiliser sans controˆle ou en se re´fe´rant a` des diploˆmes universitaires n’y pre´parant pas » (JORF du 18 avril 1994). Mme E´lisabeth Hubert [15], de´pute´e RPR de LoireAtlantique, qui appelle l’attention de Mme Simone Veil, ministre d’E´tat, ministre des Affaires sociales, de la Sante´ et de la Ville, note la contradiction avec la loi de finances pour 1993 qui e´tend aux

psychothe´rapeutes et psychanalystes l’exone´ration de la TVA sous certaines conditions, tandis que ces professionnels ne sont reconnus par aucun cadre le´gal. Mme Veil [30] re´pond que « compte tenu de la complexite´ de la matie`re, tout projet visant a` re´glementer ces professions devrait eˆtre pre´ce´de´ d’une re´flexion approfondie et ne peut donc eˆtre envisage´ dans des de´lais rapproche´s » (JO 13 juin 1994). La question de la re´glementation est de nouveau pose´e en 1995 par M. Didier Migaud, de´pute´ PS de l’Ise`re (JO 27 mars 1995), et par M. Le´once Deprez, de´pute´ UDF du Pas-de-Calais (JO 5 juin 1995). C’est durant la 11e le´gislature (1997-2002, pre´sident M. Laurent Fabius, puis M. Raymond Forni, PS), que le de´bat resurgit autour des abus et des de´rives sectaires, dont le sujet a pris une tournure tragique depuis l’immolation de 16 personnes dont trois enfants, appartenant a` la secte du temple solaire, en France, dans le Vercors, pre´ce´de´e d’un massacre dans la meˆme secte en Suisse l’anne´e pre´ce´dente, et suivi d’un autre au Que´bec en 1997. M. Yves Cochet [7], de´pute´ radical du Val-d’Oise, attire l’attention de M. Bernard Kouchner, secre´taire d’E´tat a` la Sante´, sur « la re´glementation de la profession de psychothe´rapeute [. . .]. Une reconnaissance officielle en France pourrait assurer une protection du consommateur contre des charlatans et des gourous qui pre´tendent pratiquer la psychothe´rapie, mais abusent les patients [. . .]. Il lui demande, par conse´quent, s’il envisage de reconnaıˆtre la spe´cificite´ de la profession de psychothe´rapeute, afin de permettre la protection le´gale du titre et de l’exercice professionnel » (JORF du 6 avril 1998). M. Kouchner [17] re´pond « que la possibilite´ d’une re´glementation en la matie`re ne´cessite une re´flexion approfondie », compte tenu de la « diversite´ des courants de pense´e et des e´coles se re´clamant de la psychothe´rapie » (JORF du 6 juillet 1998). M. Maurice Adevah-Poeuf [5] (de´pute´ PS du Puy de

Pour citer cet article : Coyer G. Vingt ans de de´bats le´gislatifs sur la re´glementation du titre de psychothe´rapeute en France. Ann Med Psychol (Paris) (2015), http://dx.doi.org/10.1016/j.amp.2014.08.024

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Doˆme) attire l’attention de Mme Dominique Gillot, secre´taire d’E´tat a` la Sante´ et a` l’Action sociale, sur « l’absence d’encadrement dans la le´gislation franc¸aise du me´tier de the´rapeute. Ce vocable de´signe sans distinction des praticiens authentiques, des personnes de bonne foi mais qui n’ont aucune compe´tence, mais aussi ceux qui abusent de la cre´dulite´ d’autrui. Certains mouvements sectaires ont recours aux termes the´rapie de groupe, psychothe´rapie pour augmenter leur audience. Pour diminuer des de´rives parfois dangereuses pour l’inte´grite´ physique et psychique de la personne, il serait sans doute utile de de´livrer par voie universitaire un diploˆme de psychothe´rapeute qui permettrait de reconnaıˆtre les ve´ritables professionnels » (JORF du 13 septembre 1999). La ne´cessite´ d’un cadre le´gislatif fait peu a` peu l’unanimite´. Un premier amendement sur l’usage du titre de psychothe´rapeute est propose´ par M. Bernard Accoyer [1], de´pute´ RPR de Haute-Savoie, lors de la troisie`me se´ance du 4 mai 1999 de l’Assemble´e nationale, a` l’occasion de l’examen du projet de loi relatif a` la Couverture Maladie Universelle (amendement no 268). Apre`s l’article L-360 du code de la Sante´ publique, il est propose´ d’inse´rer un article L-660-1 ainsi re´dige´ : « L’usage de l’appellation psychothe´rapeute est strictement re´serve´, d’une part, aux titulaires du diploˆme de docteur en me´decine qualifie´s en psychiatrie et, d’autre part, aux titulaires d’un diploˆme de troisie`me cycle en psychologie ». L’argument de M. Accoyer est le suivant : « Une clarification est indispensable en la matie`re, car la profession de psychothe´rapeute n’est pas, a` ce jour, de´finie dans le code de la sante´ publique. Nous proposons que l’appellation ‘‘psychothe´rapeute’’ soit strictement re´serve´e ‘‘d’une part aux titulaires du diploˆme de docteur en me´decine qualifie´ en psychiatrie et, d’autre part, aux titulaires d’un diploˆme de troisie`me cycle en psychologie’’. Aujourd’hui, en effet, trop de personnes non qualifie´es, trop de charlatans se de´clarent et s’instituent psychothe´rapeutes, faisant courir les plus grands dangers a` des populations qui, par de´finition, sont plus fragiles que les autres et risquant ainsi d’aggraver leur de´tresse et leur pathologie [. . .]. Des abus sont commis par des charlatans, des escrocs, qui vont jusqu’a` abuser physiquement de personnes que leurs troubles psychologiques placent en situation d’infe´riorite´ ». L’amendement est rejete´ car juge´ trop limitatif pour l’appellation « psychothe´rapeute ». Le rapporteur M. Alfred Recours et M. Bernard Kouchner, secre´taire d’E´tat a` la Sante´ et a` l’Action sociale, invitent a` des concertations professionnelles. Le 13 octobre 1999, M. Accoyer [2] renouvelle son projet d’amendement sous la forme d’une proposition de loi (proposition no 1844) « relative a` l’usage du titre de psychothe´rapeute », avec cette fois-ci le soutien de 81 de´pute´s. La proposition est renvoye´e a` la commission des Affaires culturelles, familiales et sociales. Le 28 mars 2000, M. Jean-Michel Marchand [20], de´pute´ VertE´cologie de Maine-et-Loire, de´pose en premie`re lecture avec quatre parlementaires un projet de loi (proposition 2288) qui comporte quatre articles :  « article 1er : la pre´sente loi cre´e le titre de psychothe´rapeute. Ce titre est re´serve´ a` des professionnels pre´sentant des garanties quant a` leur formation et leur expe´rience et soumis et des re`gles de´ontologiques et disciplinaires. Un de´cret d’application re´glera pour les psychothe´rapeutes de´ja` forme´s et en exercice professionnel l’accession au titre ;  article 2 : une commission nationale place´e sous l’autorite´ du ministe`re de la Sante´ est charge´e de l’accession a` ce titre. Un de´cret d’application fixe la composition de cette commission. La profession est rattache´e a` un office pour les professions de sante´ non me´dicales ;  article 3 : il est cre´e´ un diploˆme de psychothe´rapie et une habilitation a` date d’exercice professionnel de psychothe´rapeute. Ce diploˆme et cette habilitation e´tant a` la fois conformes aux traditions universitaires franc¸aises et a` la spe´cificite´ de la

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psychothe´rapie. La formation sera confie´e a` des e´coles pratiques et expe´rientielles agre´e´es et pour une part a` l’universite´. Des unite´s de valeur de psychothe´rapie y seront attribue´es, principalement par les e´coles agre´e´es, et, pour la conclusion diploˆmante, par les e´coles couple´es a` des instituts universitaires. En liaison avec les e´coles agre´e´es seront cre´e´es des UER ayant la responsabilite´ des enseignements the´oriques et de la recherche dans le domaine propre de la psychothe´rapie ;  article 4 : les charges re´sultant de l’application de la pre´sente loi sont compense´es, a` due concurrence, par le rele`vement des tarifs vise´s aux articles 575 et 575 A du code ge´ne´ral des impoˆts. » Les motifs e´voque´s sont les aspects comple´mentaires mais non suffisants des formations de sante´ ou universitaires vis-a`-vis des formations aux psychothe´rapies ; la reconnaissance des compe´tences de praticiens parfois me´decins ou psychologues mais non exclusivement ; et la particularite´ de l’organisation franc¸aise des groupements de psychothe´rapeutes, groupements qui sont souvent associatifs ou syndicaux (PSY’G, SNPPSY, AFFOP, etc.). Le projet est aussi un plaidoyer pour les psychothe´rapies dans leurs roˆles de promotion de l‘individu, de responsabilisation du citoyen, de protection de la famille, d’insertion sociale et e´ducative, et d’ame´lioration de la sante´ publique ; et dont l’approche est base´e sur l’e´coute globale de la personne, et non sur les seuls symptoˆmes. L’argument rappelle ses besoins dans nos socie´te´s en mutation, et son histoire, du point de vue du monopole de la me´decine, avec les condamnations en appel les 15 juillet 1953, 22 mars 1954 et 19 juillet 1965 pour exercice ille´gal de la me´decine de psychanalystes et psychothe´rapeutes non-me´decins en application de l’article L-371 du code de la Sante´. La proposition est renvoye´e a` la commission des Affaires culturelles, familiales et sociales. Le 26 avril 2000, M. Accoyer [3] de´pose, avec 97 de´pute´s de l’opposition, une nouvelle proposition de loi « relative a` la prescription et a` la conduite des psychothe´rapies » (proposition 2342), dont l’article unique des deux pre´ce´dents projets devient : « Les psychothe´rapies sont des traitements me´dicopsychologiques des souffrances mentales. Comme toute the´rapeutique, leur prescription et leur mise en œuvre ne peuvent relever que de professionnels qualifie´s : me´decins qualifie´s en psychiatrie et psychologues cliniciens. Les professionnels qui dispensent des psychothe´rapies depuis plus de cinq ans a` la date de promulgation de la pre´sente loi pourront poursuivre cette activite´ the´rapeutique, apre`s e´valuation de leurs connaissances et pratiques par un jury compose´ d’universitaires et de professionnels dont la composition est fixe´e par de´cret en Conseil d’E´tat. » L’expose´ des motifs reconnaıˆt cette fois-ci les professionnels non-psychiatres non-psychologues dans leurs compe´tences, mais l’article tel qu’il est re´dige´ ne leur donne que la possibilite´ d’eˆtre re´gularise´s sous condition, non un statut a` venir. Il e´voque les besoins dans le champ sanitaire, mais uniquement dans des domaines me´dicaux : la cance´rologie et le vieillissement. L’argument mis en teˆte de chapitre est toujours celui des abus vis-a`-vis des personnes vulne´rables. Les phe´nome`nes sectaires autour de pratiques de psychothe´rapies non re´glemente´es seront en effet encore e´voque´s par Mme Gilberte Marin-Moskovitz, de´pute´e PR du territoire de Belfort (JORF du 29 mai 2000), par Mme Anne-Marie Idrac, de´pute´e UDF des Yvelines (JORF du 13 novembre 2000), et par M. Didier Julia, de´pute´ RPR de Seine et Marne (JORF du 24 de´cembre 2001). La proposition, comme les pre´ce´dentes, est renvoye´e a` la commission des Affaires culturelles, familiales et sociales. Elle encore souleve´e par Mme Chantal Robin-Rodrigo [27], de´pute´e des HautesPyre´ne´es, apparente´e socialiste, radical, citoyen et divers gauche, lors de la discussion du projet de loi de modernisation de sociale en troisie`me se´ance du 9 janvier 2001. Le projet pre´sente´ par M. Accoyer est juge´ « hygie´niste » par un certain nombre de parlementaires. Deux questions se posent : la

Pour citer cet article : Coyer G. Vingt ans de de´bats le´gislatifs sur la re´glementation du titre de psychothe´rapeute en France. Ann Med Psychol (Paris) (2015), http://dx.doi.org/10.1016/j.amp.2014.08.024

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qualification des professionnels de sante´ ou universitaires non forme´s a` la psychothe´rapie, et celle des psychothe´rapeutes forme´s et expe´rimente´s, mais non professionnels de sante´, non universitaires. En effet, M. Maxime Bono [6], de´pute´ radical socialiste de Charente-Maritime, attire l’attention de Mme Dominique Gillot, secre´taire d’E´tat a` la Sante´ et a` l’Action sociale, « sur les inquie´tudes exprime´es par les psychothe´rapeutes et leurs organisations professionnelles, quant a` la reconnaissance de leur profession. Il semblerait en effet que le titre de psychothe´rapeute soit re´serve´ aux seuls ‘‘titulaires des diploˆmes de docteur en me´decine qualifie´s en psychiatrie, ou de troisie`me cycle en psychologie’’. Or, la seule formation universitaire ne suffit pas pour garantir la compe´tence a` accompagner une personne dans un processus the´rapeutique. Il lui paraıˆt donc indispensable d’e´tablir une reconnaissance le´gale des re`gles de l’exercice professionnel et de la formation spe´cifique de ces praticiens, pre´servant ainsi les personnes de certains abus. . . » (JORF du 17 janvier 2000). Mme Gillot [12] re´pond « qu’une re´flexion sur la psychothe´rapie a e´te´ engage´e, en concertation avec les partenaires concerne´s, sur l’ensemble des questions lie´es a` l’absence de re´glementation de la profession. Le travail actuellement mene´ re´pond au souci d’offrir au public une garantie de compe´tence de l’intervenant. Il convient de peser avec attention les conse´quences des diffe´rentes voies qui ont pu eˆtre envisage´es ou propose´es, compte tenu en particulier de la diversite´ des e´coles et des pratiques se re´clamant de la psychothe´rapie » (JORF du 3 avril 2000). Les de´bats s’amplifient et les contradictions apparaissent de plus en plus. M. Arnaud Montebourg [24], de´pute´ PS de Saoˆne-etLoire, rele`ve ces contradictions et appelle l’attention de Mme la ministre de l’Emploi et de la Solidarite´ sur « l’existence de textes visant a` re´glementer l’utilisation du titre de psychothe´rapeute et qui semblent re´pondre a` une demande forte de la part du corps social. Deux propositions de loi – pre´sente´es par MM. les de´pute´s Jean-Michel Marchand et Bernard Accoyer –, ont pour objectif commun de prote´ger le public contre l’abus de l’utilisation de ce titre et les e´ventuelles de´rives sectaires, mais ne traitent pas la question sous le meˆme angle. Les deux propositions semblent se heurter, selon l’analyse que peuvent en faire les organisations syndicales concerne´es – qui ne se retrouvent dans aucune des deux propositions de loi –, a` la difficulte´ de la de´finition du champ et a` la diversite´ des professions inte´resse´es. Les professionnels semblent eˆtre majoritairement d’accord sur le principe d’une protection du titre de psychothe´rapeute, mais ne souhaitent pas que la profession soit re´glemente´e au sens du code de la sante´ publique, ce qui induirait des principes re´glementaires trop contraignants et difficilement applicables, particulie`rement en ce qui concerne les professionnels qui exercent d’ores et de´ja` sous ce titre. Il lui demande donc de bien vouloir lui pre´ciser si, dans un souci de lisibilite´ et de se´curite´ sanitaire, le Gouvernement entend faire le´gife´rer dans ce domaine et selon quels principes » (JORF du 25 de´cembre 2000). Deux travaux importants sont entrepris vers la fin de cette le´gislature, a` l’initiative du gouvernement, qui met paralle`lement en place des concertations pluriprofessionnelles :  un rapport de la Mission interministe´rielles de lutte contre les sectes (MILS, qui devient MIVILUDES en 2002) est pre´sente´ en 2001 [23]. Un chapitre de 29 pages de ce rapport est consacre´ aux de´rives sectaires dans le champ sanitaire et me´dico-social. Un sous-chapitre est consacre´ aux activite´s de psychothe´rapeute et appelle a` ame´liorer les formations, repenser le cursus : « La question cruciale est celle de la qualification, de la formation et de l’objectif de ceux qui enseignent ou pratiquent telle ou telle technique. [. . .] L’e´miettement des professions concerne´es, l’absence d’organisations professionnelles repre´sentatives, le de´faut de consensus sur la de´finition meˆme de la ou des psychothe´rapies compliquent l’approche de ce sujet » ;

 une expertise collective re´alise´e sous l’e´gide de l’Inserm [16] concernant l’e´valuation des psychothe´rapies classe´es en trois grands types : psychodynamique et psychanalytique, congnitivo-comportementale, familiale et de couple. L’expertise demande´e en 2001 aboutira a` un rapport pre´sente´ en 2004, qui conclut a` des re´sultats plus probants des the´rapies cognitives et comportementales (TCC) sur ceux des the´rapies psychanalytiques (TP) sur la majorite´ des troubles e´tudie´s (de´pression, schizophre´nie, trauma, etc.), sauf pour les troubles de la personnalite´. Le rapport Inserm soule`vera une pole´mique au moment de sa publication, celui-ci n’e´tant pas juge´ neutre par certains, vis-a`-vis des types de psychothe´rapies examine´s, re´fe´re´es soit a` la psychanalyse, soit aux sciences cognitives. Les de´bats vont s’intensifier conside´rablement dans l’he´micycle durant la 12e le´gislature (2002-2007, pre´sidents de l’Assemble´e M. Jean-Louis Debre´, puis M. Patrick Ollier, UMP) avec un tre`s grand nombre de questions, sche´matiquement autour de trois poˆles : une demande d’encadrement et de reconnaissance par une le´gife´ration du titre et de l’exercice ; une vigilance contre les abus, principalement sectaires ; et une attention porte´e aux professionnels non-psychologues, non-psychiatres, distincts e´galement des psychanalystes et se formant en dehors des universite´s afin qu’ils puissent eˆtre aussi agre´e´s sans exce`s restrictif. L’Assemble´e nationale, durant cette nouvelle le´gislature, finit par faire aboutir les propositions de M. Accoyer [4] en adoptant l’amendement 336 lors de la discussion du projet de loi relatif a` la sante´ publique, en premie`re se´ance du 8 octobre 2003. « I. - Dans le livre II de la troisie`me partie du code de la sante´ publique, il est cre´e´ un titre III intitule´ ‘‘dispositions particulie`res’’, comprenant un chapitre unique intitule´ Psychothe´rapies. » II. Dans le titre III du livre II de la troisie`me partie du code de la sante´ publique, est inse´re´ un article L. 3231 ainsi re´dige´ : « Art. L. 3231. – Les psychothe´rapies constituent des outils the´rapeutiques utilise´s dans le traitement des troubles mentaux. Les diffe´rentes cate´gories de psychothe´rapie sont fixe´es par de´cret du ministre charge´ de la Sante´. Leur mise en œuvre ne peut relever que de me´decins psychiatres ou de me´decins et psychologues ayant les qualifications professionnelles requises par ce meˆme de´cret. L’Agence nationale d’accre´ditation et d’e´valuation en sante´ apporte son concours a` l’e´laboration de ces conditions. Les professionnels actuellement en activite´ et non titulaires de ces qualifications, qui mettent en œuvre des psychothe´rapies depuis plus de cinq ans a` la date de promulgation de la pre´sente loi, pourront poursuivre cette activite´ the´rapeutique sous re´serve de satisfaire dans les trois anne´es suivant la promulgation de la pre´sente loi a` une e´valuation de leurs connaissances et pratiques par un jury. La composition, les attributions et les modalite´s de fonctionnement de ce jury sont fixe´es par arreˆte´ conjoint du ministre charge´ de la Sante´ et du ministre charge´ de l’Enseignement supe´rieur. » La proposition de loi met toujours au premier chef la vulne´rabilite´ des personnes et exclut les professionnels nonme´decins non-psychologues (sauf anciennete´ et e´valuation), en visant les abus commerciaux et sectaires, mais aussi les nonspe´cialistes en psychopathologie. Elle pre´voit de plus une cate´gorisation et donc un controˆle des me´thodes employe´es, dont rien ne permet d’envisager les crite`res. ˆ t 2004 est promulgue´e la loi no 2004-806, dont Le 9 aou l’article 52, dit « amendement Accoyer » [18], est ainsi libelle´ : « L’usage du titre de psychothe´rapeute est re´serve´ aux professionnels inscrits au registre national des psychothe´rapeutes. L’inscription est enregistre´e sur une liste dresse´e par le repre´sentant de l’E´tat dans le de´partement de leur re´sidence professionnelle. Elle est tenue a` jour, mise a` la disposition du

Pour citer cet article : Coyer G. Vingt ans de de´bats le´gislatifs sur la re´glementation du titre de psychothe´rapeute en France. Ann Med Psychol (Paris) (2015), http://dx.doi.org/10.1016/j.amp.2014.08.024

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public et publie´e re´gulie`rement. Cette liste mentionne les formations suivies par le professionnel. En cas de transfert de la re´sidence professionnelle dans un autre de´partement, une nouvelle inscription est obligatoire. La meˆme obligation s’impose aux personnes qui, apre`s deux ans d’interruption, veulent a` nouveau faire usage du titre de psychothe´rapeute. L’inscription sur la liste vise´e a` l’aline´a pre´ce´dent est de droit pour les titulaires d’un diploˆme de docteur en me´decine, les personnes autorise´es a` faire usage du titre de psychologue dans les conditions de´finies par l’article 44 de la loi no 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social et les psychanalystes re´gulie`rement enregistre´s dans les annuaires de leurs associations. Un de´cret en Conseil d’E´tat pre´cise les modalite´s d’application du pre´sent article et les conditions de formation the´oriques et pratiques en psychopathologie clinique que doivent remplir les personnes vise´es aux deuxie`me et troisie`me aline´as. » Mais cette loi soule`ve tant de de´bats que son premier de´cret d’application n’est promulgue´ que plusieurs anne´es plus tard. Dixneuf questions sont de´pose´es a` l’Assemble´e nationale sur ce sujet durant la 12e le´gislature, entre le 17 fe´vrier 2003 et le 18 mai 2004, avant le de´poˆt de la loi, et 38 entre son de´poˆt et la fin de la le´gislature en 2007. Les questions portent toujours sur les meˆmes points : l’encadrement de la formation aux psychothe´rapies ; le controˆle de leur exercice ; la reconnaissance de compe´tences de professionnels non-psychologues, non-psychiatres, non-psychanalystes, se formant en dehors des universite´s ; le controˆle des abus de faiblesse et des mouvances sectaires. S’y ajoute la question de l’habilitation ou non des universite´s a` encadrer ces formations. La version du 7 avril 2006 du projet d’Arreˆte´ pre´voit une formation en psychopathologie et un stage supple´mentaire pour les psychologues cliniciens, celle 22 octobre 2008 du projet d’Arreˆte´ pre´voit une dispense totale, y compris de stage. La modification de l’article 52 par l’article 91 de la loi 2009-879 du 21 juillet 2009, dite « loi Bachelot » [19], tout en permettant aux non-psychologues et non me´decins de be´ne´ficier du titre de psychothe´rapeute sous condition de formation the´orique et pratique, assujettit finalement les psychologues cliniciens, les me´decins non-psychiatres et les psychanalystes a` des formations comple´mentaires : 150 heures de cours de psychopathologie et deux mois de stage comple´mentaire pour les psychologues cliniciens, 200 heures et deux mois pour les me´decins non-psychiatres, 400 heures et cinq mois pour les autres. Seuls les psychiatres en sont comple`tement dispense´s. Cette loi soule`ve de nouveaux de´saccords. Lors de la discussion au Se´nat le 5 juin 2009 de l’amendement 22 septies, M. Jean-Pierre Sueur [29], se´nateur PS, de´nonce devant Mme Roselyne Bachelot, ministre de la Sante´, « la mauvaise re´daction et la contradiction de l’article 52 dit amendement Accoyer, qui empeˆche depuis cinq ans de trouver un accord qui permettrait de pre´senter en conseil d’E´tat un de´cret d’application [. . .]. Pour ce qui est de la formation de niveau Master, sont reconnues la me´decine, la psychanalyse et la psychologie. La seule discipline qui n’est pas prise en compte pour obtenir le titre de psychothe´rapeute est, paradoxalement, la psychothe´rapie. . . ». Une longue discussion durant cette se´ance du se´nat examine la pertinence de la validation de la formation par des e´tablissements prive´s, ou par l’universite´, y compris sous forme de validation des acquis par l’expe´rience (VAE), le contenu des Master validant, le contexte europe´en, le paralle´lisme ou non avec la psychanalyse, etc. Le de´cret d’application 2010-534 du 20 mai 2010 [8] ente´rine d’abord la « loi Bachelot ». Il faudra de nouveaux de´bats pour aboutir, durant cette meˆme le´gislature (2007-2012, pre´sident M. Bernard Accoyer, RPR), a` une modification de l’article 52 et au nouveau de´cret 2012-695 du 7 mai 2012 [9] dispensant les psychologues cliniciens d’une formation supple´mentaire, tant

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the´orique que pratique, pour pouvoir exercer comme psychothe´rapeute, sous condition d’avoir suivi la formation ade´quate en psychopathologie clinique durant leurs e´tudes et accompli au cours de celles-ci le stage professionnel pre´vu par le de´cret 90-255 du 20 mars 1990 dans un e´tablissement public ou prive´ de´tenant l’autorisation mentionne´e a` l’article L. 6122-1 du code de la Sante´ publique ou a` l’article L. 313-1-1 du code de l’Action sociale et des Familles et de pouvoir en produire l’attestation. Les me´decins nonpsychiatres, les psychanalystes et les psychologues ne remplissant pas ces crite`res sont subordonne´s a` la validation d’une formation en psychopathologie clinique et un stage, initiaux ou comple´mentaires, effectue´s dans des e´tablissements agre´e´s pour cette formation et pour les suivis et supervisions de stage, dans les conditions de´finies par le de´cret d’application. Diffe´rents e´tablissements, rattache´s a` des associations ou a` des universite´s, publiques ou prive´es, ont rec¸u aujourd’hui cet agre´ment. L’instruction DGOS/ RH1/2012/229 du 8 juin 2012 de la ministre des Affaires sociales et de la Sante´ adresse´e aux directeurs des agences re´gionales de sante´ de´finit la mise en œuvre de la proce´dure relative a` cet agre´ment, soumis aux commissions re´gionales d’agre´ment. Mais alors que la le´gife´ration motive´e par les de´rives sectaires, apre`s 1995, devrait avoir re´pondu aux ne´cessite´s et aux inquie´tudes du le´gislateur, le sujet est une ve´ritable Arle´sienne. Dans le rapport d’information no 1662 en conclusion des travaux de la mission sur la sante´ mentale et la psychiatrie pre´sente´ par M. le de´pute´ Denys Robiliard [26], et enregistre´ a` l’Assemble´e nationale le 18 de´cembre 2013, M. Accoyer lui-meˆme observe : « Mais les psychothe´rapeutes autoproclame´s sont revenus s’e´tablir en dehors des re`gles. On peut aussi voir dans les pages jaunes des annuaires la formule ‘‘pratique de psychothe´rapie hors re´glementation’’ ». Tout se passe comme si, 15 ans apre`s sa premie`re proposition d’amendement, il faisait lui-meˆme le constat que la loi n’a pas permis d’atteindre son objectif. Un peu plus d’un an avant, le 30 mai 2012, est pre´sente´e au Se´nat par M. Jacques Me´zard [21] (RDSE : rassemblement de´mocratique et social europe´en) et 15 autres se´nateurs, une re´solution tendant a` cre´er une commission d’enqueˆte sur l’influence des mouvements a` caracte`re sectaire dans le domaine de la sante´, appuye´e sur le dernier rapport du Miviludes. Les motifs en sont les suivants : « Le de´veloppement de pratiques non conventionnelles a` vise´e the´rapeutique sans fondement scientifique ou encore de prises en charge psychologiques hors du cadre psychothe´rapeutique pose aujourd’hui une re´elle question de sante´ publique encore mal connue, qu’il importe d’e´valuer. Au-dela` du risque pour la sante´, toutes ces pratiques ne sont pas sectaires, mais elles sont une ve´ritable porte d’entre´e pour les mouvements sectaires. De la meˆme fac¸on, l’infiltration des professions me´dicales et parame´dicales par des mouvements sectaires tend a` s’accroıˆtre, en de´pit de la vigilance des autorite´s. » Le rapporteur de cette re´solution, M. Bernard Saugey [28], se´nateur UMP de l’Ise`re, fait e´tat « qu’aujourd’hui quatre Franc¸ais sur dix ont recours a` des me´decines alternatives, dont 60 % chez les malades du cancer, que 4000 psychothe´rapeutes autoproclame´s ne sont inscrits sur aucun registre et que 3000 me´decins seraient en lien avec des mouvements a` caracte`re sectaire. Certaines pratiques me´dicales non conventionnelles correspondent aux crite`res de la de´rive sectaire, des ‘‘gourous the´rapeutiques’’ profitant de leur emprise sur des malades pour leur soutirer de l’argent. Les de´rives sectaires dans le domaine de la sante´ repre´sentent pre`s du quart des signalements a` la MIVILUDES. » La commission d’enqueˆte est pre´side´e par M. Alain Milon, se´nateur UMP du Vaucluse. Le rapporteur est M. Jacques Me´zard, se´nateur RDSE du Cantal. Le rapport [22] est enregistre´ au se´nat le 3 avril 2013. Vingt-et-un parlementaires y ont participe´. Plus de 100 personnes ont e´te´ auditionne´es, appartenant a` la socie´te´ civile et publique : acteurs de l’e´ducation, du social et de la sante´,

Pour citer cet article : Coyer G. Vingt ans de de´bats le´gislatifs sur la re´glementation du titre de psychothe´rapeute en France. Ann Med Psychol (Paris) (2015), http://dx.doi.org/10.1016/j.amp.2014.08.024

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victimes de mouvances sectaires, membres ou formateurs appartenant a` des courants the´rapeutiques ou a` des socie´te´s e´sote´riques, etc. Il souligne a` la fois l’attrait pour le public, et les risques, dans certains cas, de « pratiques the´rapeutiques non conventionnelles » et pre´conise l’encadrement de celles-ci, le controˆle des organismes de formation prive´s, leur accre´ditation par la Haute Autorite´ de Sante´ (HAS), et lorsque ces pratiques sont introduites dans l’hoˆpital, leur subordination a` un avis de la Commission Me´dicale d’E´tablissement (CME), mais aussi la mise en application du retrait du droit d’exercice pour les psychothe´rapeutes commettant des abus (pages 212-213 du rapport). Jusqu’a` pre´sent, les seuls qui encourent un retrait du titre sont les professionnels re´gis par le code de la Sante´ publique, donc appartenant aux professions me´dicales (Question pose´e par M. le de´pute´ Jean-Rene´ Marsac, JORF du 28.01.2014). Ce dernier point est aujourd’hui porte´ au de´bat. Resteront les questions des abus de faiblesse, de l’emprise, des de´rives sectaires, et des compe´tences des praticiens, qui concernent de fac¸on sensible l’exercice des psychothe´rapeutes, mais qui de´passent manifestement leur seule profession, et qui vont au-dela` des questions d’encadrement du titre et des formations. 2. Discussion Positionnement, engagement pour autrui, lisibilite´ dans la socie´te´ : lorsque le de´bat s’e´le`ve au-dessus des pre´somptions d’incompe´tence, dont il a parfois eu l’accent, il touche a` une articulation e´thique autrefois souleve´e par Hippocrate – le me´decin quitte la sphe`re du sacre´ et s’engage a` la fois pour autrui en ne lui nuisant pas, et dans la cite´ en enseignant son art au-dela` des temples – articulation dont les philosophes nous ont donne´ un grand nombre de lectures, d’Aristote et Spinoza a` Ricœur [25]. La question souleve´e n’est-elle pas ve´ritablement celle de la nature et de la place aujourd’hui des psychothe´rapies dans nos socie´te´s et dans nos vies ? Une place qui, de´tache´e hier de la me´decine et rapproche´e aujourd’hui des universite´s, dessine les contours d’un champ de questions qui la de´passe largement. Le cercle de vertus qui entoure un me´tier, aussi de´fini et re´glemente´ soit-il, suffit-il a` le rendre en lui-meˆme vertueux, en de´pit des individus qui l’exercent, et des socie´te´s et des institutions ou` il s’exerce ? Quelles sont enfin ces vertus, dont certains de´pute´s ou se´nateurs ont fait e´tat en soulignant leurs besoins dans nos socie´te´s contemporaines, et dont on a beaucoup montre´ les transgressions au cours de ces de´bats, mais encore peu e´nonce´ les principes ? Le questionnement e´thique ne sert pas seulement la justice et le le´gislateur : il est aussi en lui-meˆme un mode de connaissance. Encore doit-il arriver a` articuler ce qui est clive´, a` mettre en dialectique ce qui est oppose´. L’enqueˆte mene´e par Anne Golse et al. [13,14] en 2002, apre`s la deuxie`me version de la proposition de loi pre´sente´e par M. Accoyer, entre le rapport de la MILS de 2001 et celui de l’INSERM de 2004, a montre´ les contradictions ve´cues par les psychiatres et par les psychologues travaillant dans des secteurs de psychiatrie ge´ne´rale, entre les recherches d’objectivation des troubles et celles de leur subjectivation, les conduites de traitement et les rencontres intersubjectives. La recherche d’Anne Golse – psychologue de formation – vient e´clairer le jeu des diffe´rents acteurs autour des diffe´rents pouvoirs a` prendre ou a` laisser, et apporte un e´clairage sur les mouvements des professions concerne´es. Elle montre que ces contradictions sont ve´cues a` l’inte´rieur de leur exercice par les psychiatres, et dans leurs rapports a` ces derniers et a` l’institution psychiatrique par les psychologues. A` l’inte´rieur des proble´matiques statutaires, institutionnelles, et de politique de sante´ publique qui ont e´te´ pose´es, la question est aussi celle de ces oppositions structurelles, entre objectivation et subjectivation, intersubjectivite´ et

soin, construction clinique et rapport de pouvoir/savoir, qui, a` de´faut d’eˆtre suffisamment re´fle´chies dans l’e´volution actuelle de la psychiatrie, pourraient bien soutenir, d’une part, des attitudes prescriptives norme´es et de´subjective´es et, d’autre part, des positions empathiques empiriques qui, re´unies a` elles deux – non pas mises en de´bat a` partir de leur opposition, mais additionne´es – caracte´risent justement les dynamiques des de´rives sectaires dont il a e´te´ question. ˆ ts De´claration d’inte´re L’auteur de´clare ne pas avoir de conflits d’inte´reˆts en relation avec cet article. Re´fe´rences [1] Accoyer B. Proposition d’amendement sur l’usage du titre de psychothe´rapeute lors de la discussion d’un projet de loi sur la couverture maladie universelle. Assemble´e Nationale ; de´bats du 4 mai 1999, 3e se´ance. JORF 1999;3992, http://www.assemblee-nationale.fr/11/cri/html/19990228.asp. [2] Accoyer B. Proposition 1844 de loi relative a` l’usage du titre de psychothe´rapeute. Assemble´e Nationale; 1999, http://www.assemblee-nationale.fr/11/ propositions/pion1844.asp. [3] Accoyer B. Proposition 2342 de loi relative a` la prescription et a` la conduite des psychothe´ rapies. Assemble´ e nationale; 2000, http://www.assembleenationale.fr/11/propositions/pion2342.asp. [4] Accoyer B. Amendement 336 pour l’article L.3231 du code de la sante´ publique, propose´ lors de la discussion du projet de loi relatif a` la sante´ publique. Assemble´e Nationale; de´bats 8 octobre 2003, 1re se´ance. JORF 2003;8295–6. http://www.assembleenationale.fr/12/cri/2003-2004/20040009.asp#TopOfPage. [5] Adevah-Poeuf M. Question 34671 a` Mme Gillot, secre´taire d’E´tat a` la Sante´ et a` l’Action sociale, sur l’absence d’encadrement dans la le´gislation franc¸aise du me´tier de the´rapeute. Assemble´e Nationale; questions e´crites 13 septembre 1999. JORF 1999;5340, http://questions.assemblee-nationale.fr/q11/ 11-34671QE.htm. [6] Bono M. Question 40083 a` Mme Gillot, secre´taire d’E´tat a` la Sante´ et a` l’Action sociale, sur la reconnaissance de la profession des psychothe´rapeutes. Assemble´e Nationale; questions e´crites 17 janvier 2000. JORF 2000;291, http:// questions.assemblee-nationale.fr/q11/11-40083QE.htm. [7] Cochet Y. Question 12596 a` M. Kouchner, secre´taire d’E´tat a` la Sante´, sur la re´glementation de la profession de psychothe´rapeute. Assemble´e Nationale, questions e´ crites 6 avril 1998. JORF 1998;1892, http://questions. assemblee-nationale.fr/q11/11-12596QE.htm. [8] De´cret 2010-534 du 20 mai 2010 relatif a` l’usage du titre de psychothe´rapeute. JORF du 22 mai 2010. NOR SASP1011132D. http://www.legifrance.gouv.fr/ affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022244482&categorieLien=id. [9] De´cret 2012-695 du 7 mai 2012 modifiant le de´cret 2010-534 du 20 mai 2010 relatif a` l’usage du titre de psychothe´rapeute. JORF du 8 mai 2012. NOR ETSH1207521D. http://www.legifrance.gouv.fr/. [10] Delahais JF. Question 39035 a` M. E´vin, ministre de´le´gue´ a` la Sante´, sur le statut des psychothe´rapeutes. Assemble´e Nationale; questions e´crites 11 fe´vrier 1991. JORF 1991;478, http://archives.assemblee-nationale.fr/9/qst/ 9-qst-1991-02-11.pdf. [11] E´vin C. Re´ponse a` la question 39035 de M. Delahais sur le statut des psychothe´rapeutes. Assemble´e Nationale; questions e´crites 8 avril 1992. JORF 1992;1627, http://archives.assemblee-nationale.fr/9/qst/9-qst-1992-04-06. pdf. [12] Gillot D. Re´ponse a` la Question 40083 de M. Bono sur la reconnaissance de la profession des psychothe´rapeutes. Assemble´e Nationale; questions e´crites 3 avril 2000. JORF 2000;2235, http://questions.assemblee-nationale.fr/q11/ 11-40083QE.htm. [13] Golse A. Psychologues et psychiatres : je t’aime, moi non plus. Sci Hum 2004;147:30–7. [14] Golse A, Boulenger B, Desquesnes G, Kessar Z, Plichart P. Transformations de la psychiatrie et pratiques des psychologues. Convention de recherche 22/00; Mire-Drees; Ministe`re de la Sante´. Universite´ de Caen: Laboratoire d’Analyse Socio-Anthropologique du Risque (LASAR); 2002. [15] Hubert E. Question 13221 a` Mme Veil, ministre d’E´tat, ministre des Affaires sociales, de la Sante´ et de la Ville, sur le statut des psychothe´rapeutes et psychanalystes. Assemble´e Nationale; questions e´crites 18 avril 1994. JORF 1994;1847, http://archives.assemblee-nationale.fr/10/qst/ 10-qst-1994-04-18.pdf. [16] Institut national de la sante´ et de la recherche me´dicale (Inserm). Psychothe´rapie : trois approches e´value´es (Expertise collective). Paris: E´ditions Inserm; 2004, http://www.ipubli.inserm.fr/handle/10608/57. [17] Kouchner B. Re´ponse a` la question 12596 de M. Cochet sur la re´glementation de la profession de psychothe´rapeute. Assemble´e Nationale; questions e´crites 6 juillet 1998. JORF 1998;3820, http://questions.assemblee-nationale.fr/q11/ 11-12596QE.htm.

Pour citer cet article : Coyer G. Vingt ans de de´bats le´gislatifs sur la re´glementation du titre de psychothe´rapeute en France. Ann Med Psychol (Paris) (2015), http://dx.doi.org/10.1016/j.amp.2014.08.024

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AMEPSY-2056; No. of Pages 7 G. Coyer / Annales Me´dico-Psychologiques xxx (2015) xxx–xxx ˆ t 2004 relative a` la politique de sante´ publique : [18] Loi 2004-806 du 9 aou ˆ t 2004. article 52 sur l’usage du titre de psychothe´rapeute. JORF du 11 aou NOR SANX0300055L. URL : http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte. do?cidTexte=JORFTEXT000000787078. [19] Loi 2009-879 du 21 juillet 2009 portant re´forme de l’hoˆpital et relative aux patients, a` la sante´ et aux territoires : article 91 relatif aux professionnels souhaitant s’inscrire au registre national des psychothe´rapeutes. JORF du 22 juillet 2009. NOR SASX0822640L. URL : http://www.legifrance.gouv.fr/ affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000020879475&categorieLien=id. [20] Marchand JM. Proposition 2288 de loi relative a` l’exercice de la profession de psychothe´rapeute, a` l’attribution et usage du titre. Assemble´e Nationale; 2000, http://www.assemblee-nationale.fr/11/propositions/pion2288.asp. [21] Me´zard J. Proposition no 573 de re´solution tendant a` cre´er une commission d’enqueˆte sur l’influence des mouvements a` caracte`re sectaire dans le domaine de la sante´ . Se´ nat; 30 mai 2012; 2012, http://www.senat.fr/ dossier-legislatif/ppr11-573.html. [22] Me´zard J. De´rives the´rapeutiques et de´rives sectaires : la sante´ en danger. Commission d’enqueˆte mouvements a` caracte`re sectaire (rapport 480 2012– 2013). JORF 2013 Se´nat (3 avril 2013)http://www.senat.fr/dossier-legislatif/ ppr11-573.html. [23] Mission interministe´rielle de lutte contre les sectes (MILS). Rapport 2001. Paris: La Documentation franc¸aise; 2001 , http://www.ladocumentationfran caise.fr/rapports-publics/024000086/.

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Pour citer cet article : Coyer G. Vingt ans de de´bats le´gislatifs sur la re´glementation du titre de psychothe´rapeute en France. Ann Med Psychol (Paris) (2015), http://dx.doi.org/10.1016/j.amp.2014.08.024